Une année 2015

Universal Consciousness.jpegMelody Silence Pole.jpeg Colonial Donuts.jpeg Tacet.jpeg Gruidés.jpeg Kannon Simple Songs.jpeg Mishima Day & Night.jpeg Brace the wave.jpeg Essais Intégrale.jpeg Le Verdouble.jpeg Split.jpeg 30 Minutes.jpegTaarang

Publicités

Jean-Luc Guionnet / Eric La Casa – Home: Handover

P314Quatre CDs représentant plus de quatre heures de son, voici le cru automnal 2014 du label Potlatch. On y croisera aussi bien New Order, que Joan Baez ou encore une obscure formation de tango argentin. On peinera à déchiffrer l’accent écossais pour se plonger dans l’attachement de femmes et d’hommes à leur lieu de vie et leur rapport à la musique. Mais qu’est-ce donc finalement que ce Home: Handover ?

Ce coffret de quatre CDs est l’aboutissement d’un projet débuté en 2010 par Jean-Luc Guionnet et Eric La Casa. Le collectif de Glasgow Arika avait invité les deux musiciens à venir enregistrer des habitants de Glasgow dans leur lieu de vie

Un protocle bien précis fut adopté : un seul plan séquence, les habitants doivent parler de leur lieu de vie, de l’endroit où ils écoutent de la musique, choisir une musique qu’ils apprécient particulièrement puis partir avec le matériel d’enregistrement visiter tout ou partie de leur domicile. Ce plan séquence est livré tel quel en première plage de chaque CD.

La seconde plage est tirée d’un concert donné à Glasgow où cinq musiciens (Gaël Leveugle – voix, Aileen Campbell – voix, Lucio Capece – saxophone, Seijiro Murayama – Percussion, Neil Davidson – guitare) ré-interprètent chacun des quatre plans séquences qu’ils entendent en direct dans leur casque.

La troisième plage est la ré-interprétation de chaque plan séquence par un musicien, Keith Beattie, seul dans sa maison.

Enfin, la quatrième plage est le résultat d’un mix réalisé par Jean-Luc Guionnet et Eric La Casa de chacune des trois plages précédentes, chaque CD étant consacré à une seule et même personne.

Il s’agit là d’une version plus élaborée d’un projet que les deux musiciens avaient porté il y a une dizaine d’années, Maisons, qui consistait à enregistrer des gens dans leur espace sonore et vivant, projet qui avait donné lieu à un CD. Ici, le concept est poussé beaucoup plus loin car, au-delà de la musicalité propre au discours des personnes enregistrées, à la captation de leur espace sonore et parfois mental, Jean-Luc Guionnet et Eric La Casa créent au fur et à mesure des différents protocoles de manipulation une véritable musique électroacoustique vivante et sensuelle trouvant son aboutissement dans les mélanges et collisions de la quatrième plage de chaque CD. Reste à savoir si le concept matérialisé ici est finalisé ou si il s’agit uniquement de sa forme actuelle et passagère dont témoigne ces quatre CDs…

Potlatch – P314

Jean-Luc Guionnet / Seijiro Murayama – Window Dressing (2011)

Jean-Luc Guionnet : saxophone alto
Seijiro Murayama : percussion

Deux homme nus. J’imagine des lutteurs ce la Grèce antique. L’un a les genoux à terre, l’autre s’arc-boute sur son corps. Trois cadrages différents servent de visuel à ce disque; trois cadrages qui permettent de se figurer l’essence de la statue, d’essayer de se la représenter à défaut de l’avoir, en trois dimensions, devant ses yeux. Ces trois cadrages, pris séparément, sont trois points-de-vue artistiques autonomes sur l’oeuvre d’un sculpteur anonyme.

J’y vois une belle métaphore de la relation musicien – preneur de son. Et nous avons justement là un disque ou l’on peut écouter deux cadrages ou tournages (comme dirait Michel Chion) différents sur un même duo d’improvisateurs.

Le premier tournage, assez classique dans son approche, a été réalisé par la radio nationale Slovène. Il nous permet d’approcher le caractère délicatement sensuel de la musique de Jean-Luc Guionnet et Seijiro Murayama. Un appel aux sens qui passe par ces délicats frottements de peaux, ce souffle discret, ces claquements de langue, cette approche pointilliste de la percussion. L’oreille de l’auditeur ne peut s’empêcher de faire travailler un imaginaire qui ramène à d’autres sens : vue, toucher. On a l’impression que cette musique est trop délicate pour que l’on puisse entrer en son coeur, et que les deux musiciens eux-mêmes tels des stalkers, n’osent pas s’aventurer au centre, gravitent autour d’un noyau duquel il serait dangereux de s’approcher.

La seconde partie vient, au contraire, nous démontrer que le coeur de cette musique peut être atteint, touché par l’oreille, et que les deux improvisateurs en sont bien le noyau d’où tout émane. Eric La Casa a réalisé ce tournage du duo à l’aide d’une perche. Une écoute au casque permet d’abolir la distance entre l’auditeur et les musiciens, tellement on se sent au coeur-même de la musique. Plus question de point-de-vue car on aboutit à une image absolue, une représentation unique, qu’aucun auditeur du duo en concert ne pourra approcher.

Window Dressing, au-delà de continuer à documenter la musique d’un des duos les plus passionnant de la scène improvisée actuelle, se présente comme une expérimentation discographique à part entière qui mérite grandement qu’on lui porte intérêt.

Potlatch – P101

Seijiro Murayama / Stéphane Rives – Axiom For The Duration (2011)

Seijiro Murayama percussion
Stéphane Rives saxophone soprano

Axiom for the Duration. Je m’arrête rarement sur les titres donnés aux disques de musique improvisée car cela me semble souvent un peu trop téléphoné. Et puis parfois, une jolie trouvaille peut sortir du lot – comme ce Placé dans l’air chroniqué ici récemment. Arrêtons-nous donc sur ce que ce titre peut signifier et ouvrons le Petit Robert (en partant du postulat qu’une traduction littérale de l’anglais suffise).

Axiome : 1. Vérité indémontrable mais évidente pour quiconque en comprend le sens (principe premier), et considérée comme universelle. 2. Proposition admise par tout-le-monde sans discussion (incluant le postulat). 3. Proposition admise à la base d’une théorie (mathématique, logique), relation entre les notions premières de la théorie, choisie arbitrairement.

Durée : 1. Espace de temps qui s’écoule par rapport à un phénomène, entre deux limites observées (début et fin). 2. Temps vécu; caractère des états psychiques qui se succèdent en se fondant les uns dans les autres (opposé au temps objectif, réel, mesurable). 3. Temps pendant lequel un son ou un silence doit être entendu.

Que peut-on en déduire ? Quel lien avec la musique gravée sur ce disque ? Nous allons essayer d’y venir.

Le temps musical est ici étiré, étendu, continu malgré des évolutions de texture qui apparaissent subrepticement. L’impression dominante est que cette musique, même si le matériau de base est probablement improvisé, a été construite, pensée, par deux architectes sonores qui se relaient et parfois se complètent dans la sculpture de cet espace temporel limité qu’est le CD. Car si axiome il y a, il est avant tout dans l’arbitraire du début et de la fin.

En effet, si nous devons rapprocher cet enregistrement d’une école esthétique, c’est probablement dans la lignée de la Monte Young et du drone qu’il faudrait aller regarder – et peut-être aussi du côté d’AMM, ce qui n’est sans doute pas innocent dans le rapport au temps… Nous avons bien ici une réduction (et un montage) d’espaces sonores bien plus étendus que la durée du disque, dont la seule limite a sans doute été celle physique et mentale des musiciens qui ont été ses créateurs. Le résultat, dans sa continuité, en est saisissant de beauté dès les premières secondes et ce jusqu’à la coupure finale.

Pour ce qui est du contenu sonore du disque, il suffira de dire que Seijiro Murayama travaille principalement la cymbale à l’archet (abolition du temps rythmique ?) alors que Stéphane Rives continue son exploration des registres aigus du saxophone soprano, dans la prolongation de ses deux enregistrements solos ( FibresPotlatch – P303 /  Much Remains to be HeardAl Maslakh Recordings 09). On ne peut être que frappé par la complémentarité des deux approches de l’instrument qui viennent se fondre et se relayer sans créer aucune discontinuité évidente pour l’oreille.

La cymbale et le saxophone comme deux éléments d’une évidente continuité. Qu’y a-t-il à démontrer ? Pas grand chose…

Potlatch – P211

Jean-Luc Guionnet / Seijiro Murayama – Le bruit du toit

Le duo de musique improvisée (saxophone alto et percussions) à ne pas manquer: une musique tout en concentration et en retenue d’une beauté à couper le souffle. Pas de bavardage inutile, chaque son, chaque intervention est d’une justesse et d’une sobriété incroyable. Je recommande une écoute au casque qui permet de mieux contextualiser cette musique.

Xing Wu Records, XW5004CD (Malaysia)