Soft Machine – Third

Third – comme son nom l’indique, il s’agit du troisième album du groupe britannique – marque la prise de pouvoir de Michael Ratledge, pour le meilleur ici et bientôt pour le pire… Car celui-ci est un garçon sérieux : finies les envolées psychédéliques, pataphysiques ou autres… En 1970, on entre dans une nouvelle décennie et on va commencer à jouer de la musique sérieuse ! Bon enfin presque car nos quatre gaillards, si l’on en juge la photo de pochette intérieure, ne carburaient pas qu’à l’eau plate…

Third marque l’entrée du jazz fusion de Miles Davies dans la musique pop (comme on disait à l’époque) anglaise. Frank Zappa fera un chemin parallèle aux Etats-Unis tout en gardant un certain sens de la dérision totalement absent ici. Soft Machine se présente ici sous forme d’un quartet composé de Elton Dean au saxophone, Hugh Hopper à la basse, Mike Ratledge aux claviers et Robert Wyatt à la batterie et au chant (plus quelques invités occasionnels). Des quatre morceaux présentés ici (chacun occupant une face de 33T), deux sont signés de Mike Ratledge, un de Hugh Hopper et un de Robert Wyatt :

  • Facelift (Hugh Hopper) : Longue progression autour de la basse de Hopper et l’orgue de Ratledge. Certainement le morceau le plus expérimental de l’abum, enregistré en concert puis découpé et remonté en studio avec un son assez rugueux.
  • Slightly all the time (Mike Ratledge) : Elégant exercice de Jazz Rock porté par un Wyatt en grande forme à la batterie et un Elton Dean aérien au sax.
  • Moon in June (Robert Wyatt) : C’est le seul morceau chanté de l’album, où la voix unique de Robert Wyatt fait des merveilles. On peut le considérer comme le lien parfait entre le Soft Machine des années 60 et les enregistrements ultérieurs de Wyatt au sein de Matching Mole puis en solo. Ce morceau nous promène le long d’une ligne mélodique brisée, pleine de surprise, qui se fond en seconde partie dans un solo de violon halluciné. Certainement une des plus belles pièces gravées par Robert Wyatt.
  • Out-Bloody-Rageous (Mike Ratledge) : Cela commence par des boucles qui ne sont pas sans évoquer la musique minimaliste, se transforme en jazz-fusion avant de revenir au point de départ. Encore un exercice de style fort élégant.

Après Third, Soft Machine va se transformer en une machine froide produisant une sorte de jazz fusion sans âme. Robert Wyatt se fera virer lors de l’enregistrement du quatrième album. Il écrira plus tard une chanson sur Mike Ratledge. Elle s’appelle Was a Friend.

Robert Wyatt – Radio Experiment Rome, February 1981

L’univers de Robert Wyatt est un véritable monde à part. Il est inutile de revenir là-dessus. Ce qui fait l’intérêt de ce disque c’est qu’il ne s’agit pas d’un produit fini au sens où l’entend habituellement l’industrie du disque. Ce qui est saisi ici, c’est le musicien et poète Robert Wyatt en plein processus créatif, invité par la radio italienne. Les morceaux dérapent, la voix déraille, mais peu importe, on assiste à un pur moment de créativité où cet univers singulier prend forme.

Pour ceux qui ne connaissent pas encore Robert Wyatt, passez votre chemin et courrez vous procurer Rock Bottom et Old Rotten Hat, vous n’en reviendrez pas…

Tracce RTP 0014 / Orkhêstra