Sonic Protest 2014

IMG_20140408_215119 En 10 ans, Sonic Protest est devenu un rendez-vous incontournables pour ceux qui n’ont pas peur de se faire plaisir aux oreilles. Sans sacrifier à la qualité, la programmation devient de plus en plus éclectique. Qui ose encore se permettre de mettre à la même affiche le même soir Brigitte Fontaine et Jericho, le tout dans une église ?

Mon point-de-vue ne sera que partiel car je n’ai pu assister qu’à trois soirées. Voici ce qui m’aura marqué.
IMG_20140410_211630
– Jericho : projet de Yann Gourdon (France), Jericho ne joue que sur des instruments traditionnels (vielle à roue, cornemuse…). Cette musique est hypnotique, envoûtante, à la fois moderne et archaïque.

Brigitte Fontaine & Areski : Un récital acoustique et sobre de la diva des palaces. Derrière la folie du personnage, se cache une personnalité hors norme, avec une conscience aigüe du monde. Pas de rappel. Dommage.





IMG_20140410_221747IMG_20140410_234006
Zeitkrazer :
ensemble allemand de musique contemporaine, Zeitkrazer s’est fait pour spécialité de se frotter au monde de la noise (relecture / réinterprétations de Metal Machine Music ou de la musique de White House). Malgré un départ un peu poussif et quelques problèmes de sonorisation, l’ensemble est parvenu à conquérir l’espace acoustique de l’Eglise Saint-Merry.

Sound of Silence : ce fut le pari fou du festival. Un DJ set composé uniquement de morceaux silencieux délicieusement accompagné par la rumeur du bar. Qu’en penser ? Hommage à John Cage ?

Merzbow : Masami Akita a délivré un set compact et soutenu, saturant l’espace sonore de l’église Saint-Merry sans jouer la sur agressivité, le tout ponctué d’un groove industriel ravageur. Du grand art.
IMG_20140411_205814


– Groupe Inerane :
deux guitaristes / chanteurs nigériens jouent des mélodies du Ténéré teintées de psychédélisme. Sans sombrer dans la démonstration, c’est terriblemeIMG_20140411_205808nt efficace. Ce concert m’a vraiment donné envie de m’intéresser de plus près à cette musique.

Thurston Moore : éternel adolescent, Moore a débuté son set de manière plutôt dilettante avant de se concentrer sur son sujet. Rejoint par Lee Ranaldo, nous avons eu droit à un duel de guitare sous le haut patronage du Larsen.

Lee Ranaldo : solo apocalyptique. Thank you Mr Lee!

IMG_20140411_224830

Publicités

Dickie Landry – Fifteen Saxophones

Richard « Dickie » Landry, on l’aura compris, est saxophoniste. Il a fait partie de l’ensemble de Philippe Glass tout au long des années 70, ce qui ne l’a pas empêché de mener ses propres expérimentations sonores et visuelles de son côté.

Cet enregistrement qui a été publié originellement en 1977 comporte trois pièces :

Fifteen Saxophones : Le saxophone ténor de Dickie Landry est enregistré, décalé quatre fois par une chambre d’écho, le processus étant répété deux fois supplémentaire puis superposé en studio (on arrive donc bien à entendre 15 saxophones). Le résultat donne une texture dense, riche en harmoniques, envoûtante dans ses répétitions.

Alto Flute Quad Delay : Dickie Landry utilise un procédé équivalent au précédent morceau mais avec une flûte, ce qui se traduit par une tonalité plus sombre, inquiétante.

Kitchen Solos : Il s’agit certainement de la plus belle pièce, et la plus longue, de l’album. Elle a été captée live, donc il n’y a pas d’overdubbing comme sur les précédents morceaux. On y entend donc uniquement Dickie Landry et sa chambre d’écho. Le contraste vient aussi des phrases plus courtes, heurtées, irrégulières qui viennent à se fondre petit à petit dans un torrent sonore qui entraine l’aditeur dans son courant, et traverse des contrées plus ou moins accidentées.

Le mur de sons créé par Dickie Landry sur ces trois pièces vaut vraiment qu’on y attarde une oreille et il faut féliciter le label Unseen Worlds d’avoir réédité cet enregistrement devenu introuvable.

UW006

Le nouveau Revue & Corrigée est arrivé dans ma boîte aux lettres…

… et il est superbe !

Depuis décembre 1988, Revue & Corrigée (R&C pour les intimes), défriche les territoires musicaux hors normes ainsi que d’autres pratiques expérimentales (danse, multimedia…) avec une passion et une profondeur de vue uniques en France, tout en ne négligeant pas de se placer dans un contexte socio-politique que ces pratiques ne cessent d’interroger et de remettre en question.

Ce numéro, au-delà de son contenu (notamment un hommage a Captain Beefheart), marque une volonté d’évolution dans l’expérimentation sur le support même avec un passage au format A3 qui a le mérite d’offrir plus de liberté pour la mise en page. Une présence accrue sur internet est aussi annoncée dans l’édito.

Dolmens et Phares



Voici un petit voyage dans une Bretagne fantasmée par Stephen O’Malley (Sunn O))). Ce morceau est bien sûr à écouter avec une bonne sono pour bien en ressentir les infra basses. Il est extrait de  l’excellente Anthology of Noise and Electronic Music – 6th a-chronology, sixième livraison du remarquable travail de compilation effectué depuis plusieurs années par Guy-Marc Hinant du label Sub-Rosa. En voici le tracklisting :

CD 1

01 Israël Martinez Mi Vida (2007) 06:59
02 Ata Ebtekar / Sote Turquoise gas in Ice (2008)
-unpublished 03:36
03 Joseph Nechvatal Ego Masher (1983) 07:05
04 Oliver Stummer + Liesl Ujvary Trautorium Jetztzeit #4
(1930 sound) 03:44
05 Henry Cowell The Banshee (1925>57) 02:23
06 Dick Raaymakers Piano-forte (1959-60) 04:55
07 Manuel Rocha Iturbide Estudio Antimatierico N°1 (1989) 05:02
08 Tetsuo Furudate (2008) unpublished 06:26
09 Kohei Gomi/Pain Jerk Aufheben (1993)-unpublished 06:28
10 Hijokaidan Untitled (1994)-unpublished 11:54
11 Incapacitants Shall we die ? (1990)-unpublished 06:25
12 Torturing Nurse Yes or No (2010)-unpublished 04:49
13 Sachiko M 28082000 (2000) 05:32
14 Ultraphonist How to practice scales (2000) 03:07

CD 2

01 Z’ev 12 november 1980, Melkweg, Amsterdam (1980)
-unpublished 07:31
02 Daniel Menche Fulmination (2009)-unpublished 12:00
03 John Wiese New Wave Dust (2004) 02:25
04 Rico Schwantes/The Pain Barrier Virus (2003) 05:29
05 Julie Rousse Flesh Barbie Techno Fuck (2008) 04:45
06 Bird Palace/Cristian Vogel + Pablo Palacio Phing (2009)-unpublished 04:23
07 Robert Piotrowicz Lincoln Sea Ice Walic (2009)
-unpublished 08:09
08 Tzvi Avni Vocalise (1964) 05:18
09 Else Marie Pade Syv Cirkler (1958) 07:05
10 John Duncan The Nazca Transmissions #2 (2005) 08:10
11 Stephen O’ Malley Dolmens & Lighthouses (2009)-unpublished 06:53
12 Ilios / Dimitris Kariofilis The continuum of emanation from the One (2009)-unpublished 06:06

Sub Rosa – SR290

John Tilbury & Sebastian Lexer – Lost Daylight

Ce disque est dédié à deux importants compositeurs américains : James Tenney et John Cage. On ne présente plus le second ni son rôle fondamental dans le recul des frontières du possible musical au XXème siècle. James Tenney, lui, est sans doute plus confidentiel, même si Sonic Youth a relativement popularisé une de ses pièces – Having Never Written a Note for Percussion – dans l’album Goodbye Twentieth Century. Né en 1940 et décédé en 2006, James Tenney était notamment un spécialiste de l’oeuvre de Conlon Nancarrow.

Dans la première partie du disque, John  Tilbury interprète des oeuvres de jeunesse (composées entre 1958 et 1966) de James Tenney. On entre dans un univers contemplatif et quasi romantique, où le toucher délicat de Tilbury fait merveille. Ces pièces ne sont pas à proprement parler minimalistes ou répétitives mais nous enveloppent d’une douce mélancolie avec une économie de moyens  remarquable.

La seconde partie du disque est constituée par une pièce datée de 1964 de John Cage intitulée Electronic Music for Piano. La partition de cette pièce semble être, d’après Sebastian Lexer, la retranscription d’une performance de John Cage et John Tudor. Sebastian Lexer rejoint le piano de John Tilbury avec un dispositif électronique de sa création. L’enregistrement a été retraité (en laissant sa place au hasard dont on sait l’importance qu’il revêtait aux yeux du compositeur) et édité par Lexer avant sa publication. Tilbury emploie ici des techniques pianistiques étendues qui contrastent fortement avec la douceur de la première partie. Les textures électroniques et celles du piano s’unissent et se désunissent entre de longues plages silencieuses. Le hasard rend la performance chaotique et permet – toujours selon Sebastian Lexer – de s’affranchir de tout parti-pris esthétique. Cette musique revient un véritable objet autonome qui ne doit son existence qu’à des musiciens catalyseurs suivant les instructions d’un compositeur. N’est-ce pas là une des incarnations les plus abouties de la musique « vivante » ?

Another Timbre at10

Daunik Lazro et Ciné-concert expérimental – Eglise Saint-Merry (Paris – 18 février 2011)

Il faisait froid ce soir-là dans l’Eglise Saint-Merry. Quelques dizaines de curieux, amateurs de musiques et de sons improbables, sont néanmoins venus se réchauffer les oreilles. Et ils en ont été récompensés.

Il y a eu tout d’abord, Daunik Lazro et son saxophone Baryton. On ne parlera jamais assez de l’importance de ce musicien pour la génération suivante, pour leur envie de défricher des territoires sonores vierges. Frédéric Blondy l’a d’ailleurs rappelé en introduction de la soirée.

Daunik Lazro a donc joué un long solo, en deux parties (séparées par un changement d’anche). La première fut furieuse et revêche, nous entraînant dans un déferlement sonore incroyable, des graves aux aigus, parfois en solo, parfois en résonance avec lieu. La seconde partie, plus posée, nous fit ressentir le souffle de Daunik Lazro, celui qui crée ces notes mais aussi celui qui habite sa musique depuis plusieurs décennies.

Puis, en conclusion, Daunik Lazro nous a proposé « un peu de musique contemporaine »… enfin contemporaine de Morton Feldman puisqu’il a joué un thème de John Coltrane (je crois qu’il s’agissait de  Seraphic Light).

La seconde partie était une création collective de deux videastes (Marion Delage de Luget et Benoît Géhanne) et de deux musiciens (Frédéric Blondy et Diemo Schwarz): Laïka est morte pour l’Europe.

La vidéo est un montage d’images tourbillonantes défilant en rafale, qui satellisent le spectateur dans un monde fini, qui était probablement celui de l’Europe au XXème siècle. Les musiciens lisent ces images comme une partition et créent un univers sonores formé par les techniques pianistiques étendues de Frédéric Blondy et les traitements électroniques de Diemo Schwarz. Si le corps est absent de la video, celui de Frédéric Blondy est bien présent an tant que prolongement physique du piano. Plus discret, Diemo Schwarz apparait comme le metteur en scène ultime de cette performance, qu’il semble piloter depuis sa palette tactile.

Cette soirée avait lieu dans le cadre des Rendez-Vous Contemporains de l’Eglise Saint-Merry.


Keith Rowe – Oren Ambarchi – 8 février 2009, Amsterdam

Ces deux aventuriers de la guitare sont aguerris aux triturations les plus extrêmes de l’instrument. Keith Rowe est l’inventeur de la « tabletop guitar », guitare posée à plat sur une table et attaquée systématiquement de manière non conventionnelle. Oren Ambarchi, lui, est un briseur de chapelles au registre extrêmement large : improvisation, ambient, drone doom, noise…

Quatre pages du Treatise de Cornelius Cardew ont été jouées ce soir-là et publiées sur un joli vinyle par le label Planam. Treatise est une partition graphique de 193 pages servant de guide aux musicien libres de l’interpréter comme ils le souhaitent. La pochette du disque que l’on peut voir ci-dessus est une reproduction de la page 53. Ce disque se place dans la lignée des territoires défrichés par Rowe depuis une dizaine d’années : minimalisme des interventions, art du placement juste, textures sonores riches mais peu envahissantes, apprivoisement du silence. Ambarchi, lui, est dans une optique proche du drone, mais à un volume requérant l’attention concentrée de l’auditeur, à l’opposé de sa récente collaboration avec Sunn O)).

PLANAM CCC