Pieza de Escucha III

Cristián Alvear sera en concert en France aux dates suivantes :

28 septembre | muzzix (lille)     http://muzzix.info/LUN19H-Cristian-Alvear-deux-n

11 octobre | théâtre le ring (toulouse)   http://www.theatre2lacte-lering.com/lering/event/concert-cristian-alvear/

13 octobre | instants chavirés (montreuil)     http://www.instantschavires.com/spip.php?article1243

14 octobre | fragments (metz)     https://www.facebook.com/events/1647105905507207/

17 octobre | asile 404 (marseille)     http://asile404.org/ 

Potlatch a publié cette année un CD solo où il interprète une pièce de Michael Piaro : Melody, Silence.

Lucio Capece – Less is Less – Music for Flying and Pendulating Speakers

LESS IS LESS cover Gill Sans editLa musique de Lucio Capece, même si elle demande beaucoup d’attention et de concentration dans l’écoute, a ceci de particulier dans le monde de l’avant garde qu’elle semble atteindre l’auditeur directement, au plus profond de lui-même, sans grand détour, sans circonvolution, sans théorisation fumeuse ou conceptualisation absconse. Elle en deviendrait presque facile d’accès pour les personnes étrangères ou hermétiques à ce monde.

Less is Less vient confirmer le statut majeur du saxophoniste argentin dans le monde des musiques expérimentales. Et pourtant, ce disque n’est pas le fruit d’un musicien en prise directe avec son instrument, mais est le résultat sonore de la captation de deux installations ou dispositifs sonores constitués de haut-parleurs placés en suspension ou lévitation dans l’air.

La première pièce proposée a été enregistrée dans la cathédrale de Berne. Lucio Capece a réalisé au préalable une captation sonore du lieu, retravaillée et diffusée lors de la performance par trois haut-parleurs suspendus à des ballons gonflés à l’hélium. Une captation en temps réel du son de la cathédrale pendant la performance vient compléter l’installation. Au dessus de ce dispositif, le saxophoniste improvise avec son instrument et module la diffusion. Le résultat est un surprenant drone électroacoustique, riche de nombreux micro-accidents sonores, qui emporte l’auditeur dans un (grand) espace sonore et mental unique.

La seconde pièce, au contraire, propose une expérience beaucoup plus confinée. Trois haut-parleurs sont chacun suspendus à un pendule en oscillation. Deux diffusent des sine waves alors que le troisième diffuse le feedback créé par un magnétophone. L’oscillation du son ajoutée à celle des pendules crée d’intéressants phénomènes acoustiques, y compris sur une (relativement) bonne HiFi. Cette installation a le mérite de renouveler amplement la manipulation des sine waves qui tendait à devenir un lieu commun d’une certaine scène expérimentale minimaliste. Cette installation pendulaire a par ailleurs été utilisée par Lucio Capece lors de sa récente performance à Montreuil le 12 juin dernier.

Inutile de dire que ce disque est fortement recommandé et qu’il constitue à mon sens une introduction idéale au monde de la musique minimaliste telle qu’elle peut se pratiquer au 21ème siècle.

Intonema – INT009

Sergio Merce – Microtonal Saxophone

114 mep_1Le label Potlatch continue son oeuvre salutaire de défrichage des potentiels sonores exprimés. Cette fois, il nous présente Sergio Merce, un musicien argentin, proche de Lucio Capece, qui est saxophoniste de formation.

Le saxophone microtonal de Sergio Merce est préparé : les clés et autres mécanismes d’origine ont été démontés et remplacés par un dispositif à base d’eau ou de gaz comprimé. Complété d’une pédale de « Sustain » permettant la prolongation artificielle des sons générés, ce saxophone lui permet d’aller explorer le monde merveilleux des micro-tonalités.

Ce CD, relativement court, est divisé en quatre plages où Sergio Merce explore le potentiel de son dispositif. La superposition des strates sonores, même si elle n’atteint pas la puissance de la musique de Phill Niblock, crée rapidement un espace sonore envahissant et entêtant, ponctué par les sons résiduels du mécanisme qui, sans totalement dévoiler les arcanes de cette création, permet à l’auditeur d’en effleurer l’essence. Car au-delà, du magnifique rendu sonore qu’offre ce disque, c’est bien l’expérimentation d’un processus novateur de génération sonore à partir d’un instrument classique qui est documentée ici.

Les mauvaises langues diront que c’est un disque de musique minimaliste de plus. C’est ignorer la richesse des univers sonores que les approches non orthodoxes peuvent créer et pour peu que l’on fasse l’effort de s’imerger dans cet univers, c’est aussi un plaisir renouvelé pour les oreilles. A ne pas bouder, donc!

Potlatch – P114

Quelques disques qui auront marqué 2013

Cette liste, forcément partiale et incomplète, tente de synthétiser quelques émois discographiques de l’année. Il manquera peut-être un disque aussi fort que celui de Lucio Capece l’an dernier et on constatera qu’elle contient pas mal de noms confirmés ou de rééditions…

Mohammad – Som Sakrifis (PAN)
Dedalus / Antoine Beuger / Jürg Frey (Potlatch)
Heddy Boubaker – DiG! (Petit Label)
Body / Head – Coming Apart (Matador)
Okkyung Lee – Ghil (Ideologic Organ)
Igor Wakhévitch – Let’s Start (Fauni Gena)
Dennis Johnson – November (Penultimate Press / Irritable Hedgehog)
Phill Niblock – Touch Five (Touch)
Kevin Drumm – Tannenbaum (Hospital Productions)
Kevin Drumm – The Kitchen (Bocian Records)
Mendelson (Ici d’ailleurs)
Keiji Haino / Jim O’Rourke / Oren Ambarchi – Now While It’s Still Warm Let Us Pour In All The Mystery (Black Truffle / Medama Records)
The Dead C – Armed Courage (Ba Da Bing)
La Morte Young (Dysmusie / Up against the wall, motherfuckers!)
Bernard Parmegiani – De Natura Sonorum (Recollection GRM)
François Bayle – L’Expérience Acoustique (Recollection GRM)

Dennis Johnson – November

NovemberDennis Johnson fut un compagnon de route de La Monte Young jusqu’au début des années 60 avant de choisir une autre voie que son condisciple et d’abandonner la musique. Le nom de Johnson apparait dans certains écrits de Young notamment dans Conférence 1960 (Edition Eolienne). Quasiment oublié de tous, ce fut à l’occasion d’un travail du critique Kyle Gann sur La Monte Young, et plus particulièrement sur The Well-Tuned Piano que le nom de Johnson refit surface. A cette occasion, en effet, La Monte Young confia à Kyle Gann une cassette dont il parla comme d’une source d’inspiration importante pour son oeuvre monumentale pour piano. Ces 120 minutes d’un enregistrement de mauvaise qualité contenaient une pièce vraisemblablement composée en 1959 et enregistrée en 1962. Si cette pièce a véritablement été composée dans les années 50, il est possible de considérer que c’est chronologiquement la première véritable oeuvre du courant minimaliste.

Reconstituer November dans son intégralité n’a semble-t-il pas été une mince affaire. Il fallut retrouver Dennis Johnson, une éventuelle partition ou des indications. Le résultat de ce travail d’investigation de plusieurs années se trouve désormais publié dans un coffret de 4 CDs ou le pianiste R. Andrew Lee nous restitue sur une durée de près de 5 heures cette pièce historique. Elle consiste en plusieurs « motifs » qui sont joués dans un ordre fixé par des règles plus ou moins souples, tout en laissant à l’interprète une certaine liberté d’improvisation dans l’agencement final de la pièce.

Cette interprétation, lente, subtile dans ses évolutions a été réalisée en une seul prise, ce qui représenta en soi un défi non négligeable pour R. Andrew Lee, pianiste habitué aux oeuvres du courant minimaliste, qui dut s’acclimater et pratiquer de longues heures avant de pouvoir se lancer et faire véritablement sonner November dans son intégralité.

De par sa longueur, l’écoute intégrale de November est un luxe qu’il est difficile de s’offrir, pourtant c’est en soi une expérience à vivre, ceci n’empêchant pas de s’y plonger avec plaisir pour une heure ou deux de temps en temps. En tout état de cause, November est une pièce à conseiller à toutes celles et ceux qui s’intéressent à l’école minimaliste américaine et qui n’ont pas les moyens de s’offrir sur le marché de l’occasion les disques non réédités de La Monte Young.

Irritable Hedgehog / Penultimate Press – IHM007M / PP6

Dedalus – Antoine Beuger – Jürg Frey

P113La musique peut-elle se faire exploratrice du silence ? C’est l’un des enjeux des travaux du collectif Wandelweiser dont cet enregistrement nous propose ici trois pièces, deux du flutiste Antoine Beuger et une du clarinettiste Jürg Frey. Les deux compositeurs sont rejoints ici par une version réduite de l’Ensemble Dédalus composée du guitariste Didier Aschour, de l’altiste Cyprien Busolini, du percussioniste Stéphane Garin et du tromboniste Thierry Madiot.

Au-delà du silence, ce disque nous propose aussi une ouverture au monde, car loin de l’univers aseptisé du studio ou de la salle de concert traditionnelle, c’est dans l’ancienne Brasserie Bouchoule, lieu habituellement dédié aux expositions organisées par les Instants Chavirés, un espace non isolé au point de vue sonore, que cet enregistrement a été réalisé. Les bruits de la ville ou de la pluie s’invitent donc dans un dialogue avec la musique, s’y entremêlent pour créer un espace sonore inédit, parfois à la limite de l’audible.

Des trois pièces proposées, c’est celle de Jürg Frey, Canones Incerti, dans son pointillisme et pour la subtilité des interactions entre les différents instruments qui a gagné ma préférence. Méditations poétiques sur quelque chose d’autre – quel titre ! – propose une approche de la voix murmurée, à la limite de l’audible et de l’abstraction du sens. Enfin, Lieux de passage, une sorte de concerto éthéré pour clarinette, conclue le disque dans une très belle épure minimaliste.

Je dois avouer que ce type de musique, réductionniste, dans la lignée des travaux de John Cage, me laisse souvent dubitatif sur disque, l’écoute chez soi ne parvenant pas à recréer cette tension inhérente que l’on peut ressentir en concert. Cet enregistrement vient rappeler, que sa mise en situation – en scène ? – peut lui ouvrir de nouveaux horizons.

Potlatch – P113 / Ensemble Dedalus / Wandelweiser

Jason Lescalleet – Songs About Nothing

Cela fait plusieurs semaines que ce double CD publié à la fin de l’été par Erstwhile me laisse perplexe. Mais qui est Jason Lescalleet ? Que veut-il ? Je ne connais que peu de choses de lui, à part le fait qu’il a collaboré avec Nmperign (duo minimaliste formé de Greg Kelley et Bhob Rainey).

Ce carambolage d’objets (déchets ?) sonores recyclés laisse parfois la fâcheuse impression que Jason Lescalleet, tel un enfant expérimentant son environnement cherche à savoir ce que ça fait ou ce que ça peut provoquer sur l’auditeur (dans ce cas, ferai-je moi-même partie de l’expérience en écoutant et tentant modestement de chroniquer cet album ?)

Les deux disques sont très contrastés. Le premier est composé de treize petites pièces furieusement chaotiques. Le second ne contient qu’une seule plage, qui prend le temps d’étaler le propos et permet à l’auditeur au cerveau lessivé de se remettre doucement du choc sonore enduré.

La référence ouverte à Steve Albini et à l’album Songs About Fucking de son groupe Big Black place d’emblée ce disque dans la lignée du punk et du hardcore. Et le qualificatif de punk est sans doute mérité car Jason Lescalleet, mine de rien, hisse le foutage de gueule au rang d’art majeur, et c’est sans aucun doute la raison pour laquelle ce disque est important.

Erstwhile Records – ErstSolo 003-2

Photos : Anonyme (Jason Lescalleet, 9/4/11, The Stone) / Michelle Strauss Ohnstad (Big Black)

Eliane Radigue – Feedback Works (1969 – 1970)

Il est inutile de présenter ici Eliane Radigue. Il suffira de dire que c’est certainement une des plus grande compositrice et musicienne française, un trésor vivant, en quelque sorte. Après avoir pendant de longues années exploré la musique minimaliste à l’aide du synthétiseur ARP 2500, elle se consacre depuis quelques temps à la musique instrumentale et écrit des pièces à l’attention notamment de Kasper Toeplitz.

Ce double vinyle remonte à la fin des années 60, alors que Eliane Radigue travaille comme assistante de Pierre Henry. Elle n’a pas encore découvert son fameux synthétiseur – et n’a sans doute alors pas les moyens financiers de se l’offrir. Elle travaille la nuit, tout en élevant ses enfants le jour, avec des bandes et un magnétophone offert par Pierre Henry. C’est de ces travaux nocturnes qu’Emmanuel Holterbach, après d’âpres négociations, a sélectionnés dans les archives de la dame quatre pièces électroacoustiques présentées ici.

Le dispositif utilisé rend le son certainement plus brut que ne le permettra plus tard l’ARP 2500 mais on retrouve néanmoins l’incroyable densité des textures d’Eliane Radigue, puissants catalyseur à la méditation et au voyage mental. Le son est enveloppant, le spectre parait infini. Ces deux vinyles constituent en soi une expérience unique du son. A écouter de toute urgence.

Alga Marghen – plana-R alga041

Dickie Landry – Fifteen Saxophones

Richard « Dickie » Landry, on l’aura compris, est saxophoniste. Il a fait partie de l’ensemble de Philippe Glass tout au long des années 70, ce qui ne l’a pas empêché de mener ses propres expérimentations sonores et visuelles de son côté.

Cet enregistrement qui a été publié originellement en 1977 comporte trois pièces :

Fifteen Saxophones : Le saxophone ténor de Dickie Landry est enregistré, décalé quatre fois par une chambre d’écho, le processus étant répété deux fois supplémentaire puis superposé en studio (on arrive donc bien à entendre 15 saxophones). Le résultat donne une texture dense, riche en harmoniques, envoûtante dans ses répétitions.

Alto Flute Quad Delay : Dickie Landry utilise un procédé équivalent au précédent morceau mais avec une flûte, ce qui se traduit par une tonalité plus sombre, inquiétante.

Kitchen Solos : Il s’agit certainement de la plus belle pièce, et la plus longue, de l’album. Elle a été captée live, donc il n’y a pas d’overdubbing comme sur les précédents morceaux. On y entend donc uniquement Dickie Landry et sa chambre d’écho. Le contraste vient aussi des phrases plus courtes, heurtées, irrégulières qui viennent à se fondre petit à petit dans un torrent sonore qui entraine l’aditeur dans son courant, et traverse des contrées plus ou moins accidentées.

Le mur de sons créé par Dickie Landry sur ces trois pièces vaut vraiment qu’on y attarde une oreille et il faut féliciter le label Unseen Worlds d’avoir réédité cet enregistrement devenu introuvable.

UW006