La Morte Young

La Morte YoungC’est un peu par surprise qu’en cette fin d’année débarque ce disque qui se positionne d’emblée dans la filiation directe du minimalisme et des Dead C (le pochette étant signée Michael Morley). Derrière La Morte Young se cache un triangle bruitiste dont les sommets sont Saint-Etienne, Grenoble et Marseille par l’intermédiaire de la rencontre entre les projets Nappe, Sun Stabbed et Talweg.

Sur ce disque, on trouve beaucoup de guitares, triturées, saturées, ambientes ou féroces, un peu de batterie, quelques sons électroniques et des voix, noyées sous les feedbacks, ou elles-mêmes déluges de rage bruitiste (ceux qui connaissent Talweg me comprendront sûrement).

La première face est la plus posée : elle prend le temps de se déployer sur les 15 minutes de « You must believe in spring » – les connaisseurs noteront que nos amis ont des références du côté du jazz – un morceau que ne renieraient pas justement Mister Morley et sa bande. La seconde face débute par une véritable agression sonore, un condensé de rage brute qui laissera l’auditeur bouche bée. « Whisper of Darma » 1 et 2 va plutôt chercher vers certaines expérimentations de Sonic Youth publiées sur leur label SYR. La conclusion de cet album, saturée de guitares furieuses, culmine dans un des plus beaux murs sonores que l’on ait entendu sur disque ces derniers temps.

Dépêchez-vous, il semble qu’il n’y ait eu que 300 exemplaires pressés!

Dysmusie / Up against the wall, motherfucker! – DYSLP2/UATWM005

Publicités

The Dead C – Armed Courage

DCArmedCourageCela fait plus de 25 ans que Bruce Russell, Michael Morley et Robbie Yeats creusent inlassablement le même sillon : des guitares bruitistes, un son à la limite du lo-fi, une voix en hors-piste permanent, un batteur qui force l’admiration à force de déconstruire les notions communément admises de rythmique rock. Pour que le tableau soit complet, inutile de préciser que rien dans la discographie des Dead C ne ressemble de près ou de loin à ce qu’on pourrait appeler une chanson rock. Et pourtant, malgré un nombre de concerts très limité et une absence totale de promotion, ce trio issu de Dunedin en Nouvelle-Zélande s’est taillé une solide réputation dans le milieu du free rock et du rock bruitiste et sont des invités réguliers des festivals All Tommorrow’s Parties.

Armed Courage, dernier opus en date du trio, propose deux pièces de la longueur d’une face de vinyle chacune. Armed est une improvisation free rock classique pour le groupe, purement instrumentale, tout en larsen et en saturation. Courage débute de manière plus calme, sur une sensation de total éparpillement avant de se trouver un semblant de structure sous l’impulsion de la batterie. Michael Morley fait quelques rares apparitions vocales, souvent noyées sous le déluge sonore des amplis et des sons électroniques qui forment la signature sonore de la pièce. La rythmique implacable qui forme l’ossature de la première moitié du morceau évoque Neu! ou Can, ce qui est assez étonnant chez les néo-zélandais. Puis le morceau retombe dans une totale déstructuration qui n’est pas sans rappeler quelques uns des moments les plus abstraits de Sonic Youth.

On l’aura compris, Armed Courage, n’est pas un disque de rock de plus. C’est comme à chaque publication, une véritable bombe incendiaire que livrent ici les Dead C. Les trois musiciens néo-zélandais nous confirment une nouvelle fois qu’ils ne se rendront jamais et ne sont pas près de céder aux sirènes de la facilité. Un disque explosif et jouissif !

Ba Da Bing – bing087

Gate – A Republic of Sadness

J’ai acheté ce disque directement auprès de Michael Morley à la suite de son concert de décembre dernier. Il m’a fallu plusieurs écoutes pour vraiment entrer dedans. Et puis, petit à petit, subrepticement, ces boucles se sont installées dans mon paysage mental et sonore.

Finalement on n’est pas si éloigné de la musique des Dead C. D’abord cela fait quelques temps que Michael Morley a introduit le laptop dans l’arsenal bruitiste du trio néo-zélandais. Quant à la musique électronique de Gate elle conserve cette esthétique crade ainsi que ce chant neurasthénique et décalé.

Pour autant, il ne faut pas réduire Gate à un side-project des Dead C. J’ai eu le tort d’écrire il y a  quelques temps que la musique de Gate n’était pas à la hauteur de celle du trio. Je regrette maintenant ces mots car Michael Morley affiche une vraie personnalité tout au long de ces six morceaux de musique électronique froide et mécanique, pétris d’influences aussi diverses, que la New-Wave, l’Indus ou même le Blues.

Tout ceci culmine dans le dernier morceau, Trees, ou quelques notes de guitare tournant en boucle deviennent un drone entêtant heurté par des percussions métalliques et survolé par une voix détachée et lointaine. Le blues du XXIème siècle serait-il en gestation ici ?

Ba Da Bing Records BING068

The Dead C – Future Artists

Derrière cette pochette qui m’évoque irrésistiblement le papier peint qu’il y avait chez ma grand-mère, se cache un grand disque d’improvisation rock. The Dead C est un trio néo-zélandais composé de Bruce Russel (guitare), Michael Morley (guitare et chant) et Robbie Yeats (batterie). Pour ce qui est de ressembler à un trio de rock classique, on s’arrêtera là car The Dead C ne respecte rien. Chacun de leurs enregistrements est une pure et simple agression envers le bon goût et la bienséance. N’est-ce pas là une heureuse survivance de l’esprit punk ?

D’ailleurs, parlons un peu de punk rock. L’album s’ouvre sur un morceau intitulé The AMM of Punk Rock. Déjà tout un programme : imagine-t-on Keith Rowe déchirer son t-shirt et Eddie Prévost donner des coups de lattes à son set de percussions ? Disons-le tout net, c’est sur ce morceau que les trois néo-zélandais seront le plus sage avec une lente progression tout en finesse qui peut éventuellement évoquer AMM.

Ca se corse ensuite car c’est le brave Neil Young qui est convoqué sur The Magician pour subir un supplice électrique qu’il n’aurait jamais imaginé. De tout l’album, on n’entendra la voix de Michael Morley que sur ce morceau.

Avec Macoute, on passe dans le monde électro-acoustique avec une belle impro destructurée qui joue admirablement sur les effets stéréophoniques.

Puis vient le plat de résistance. Vous aimez le free-rock? alors vous allez être servi! Eternity et Garage se construisent lentement sur des blues poisseux à souhait, avant que les guitares ne rivalisent d’effets bruitistes, de feedbacks et de larsens, avec une rythmique souvent chaotique. Du grand art pour ces deux longues plages dont on ressort complètement déboussolés.

A la réflexion, Future Artists n’est probablement pas un album typique des Dead C (même si le son lo-fi porte immanquablement la signature du groupe). Il ressemble plus à ce que peut faire Bruce Russel en solo mais c’est néanmoins un très bon disque de free rock où souffle en permanence l’esprit du punk et de la no-wave.

Ba Da Bing Records BING053

Akama – Gate – Les Instants Chavirés – 8 décembre 2010

Il n’y avait pas grand monde ce soir là aux Instants Chavirés. La neige a du en dissuader plus d’un de venir. Deux sets très contrastés étaient programmés :

  • Akama : Audrey Chen (violoncelle, voix, électroniques) / Luca Marini (batterie)
    Audrey Chen crée au violoncelle une musique tout en frottement et crissement, qui va petit à petit devenir une sorte de drone. Elle se place aussi dans la grande tradition des improvisateurs vocaux qui va de Phil Minton à Isabelle Duthoit en passant par Catherine Jauniaux. Sa voix crie, gémit, jaillit du plus profond de ses entrailles mais sait aussi se faire douce et caressante. Luca Marini agrémente le jeu de sa compagne d’une grande finesse percussive, qui se laisse parfois aller à un jeu plus musclé. Leur improvisation de ce soir donnera lieu à 2 crescendos avant de se fondre dans un silence interrompu par les ronflements d’un spectateur… Ah, on ne maîtrise pas toujours son public! Une belle découverte même si on a parfois l’impression d’avoir déjà entendu cette musique jouée par d’autres.
  • Gate : C’est le pseudonyme employé par Michael Morley, chanteur et guitariste néo-zélandais, surtout connu pour être membre du trio The Dead C, fantastique combo bruitiste sur lequel je reviendrai sans doute un jour dans ce blog. Il se présente sur scène armé de sa guitare et de son laptop. Le set commence par un long blues crasseux à souhait, où l’on entend des échos déjà entendu chez Loren Mazzacane Connors ou Howlin’ Ghost Proletarians. La seconde partie sera plus électronique, avec des sons de guitares transformés et passés en boucle, à la manière d’un Fennesz crade. Au final, moi qui n’ai encore jamais eu la chance d’écouter The Dead C sur scène, je mettais sans doute trop d’attente dans ce concert. La musique de Gate est vraiment belle ( un spectateur est venu dire à la fin du concert à Michael Morley qu’il avait pleuré), mais n’est probablement pas à la hauteur de celle créée par le groupe néo-zélandais.