Mendelson

cover_mendelson_rvb-500x500Mendelson est un monstre protéiforme, une créature musicale engendrée dans le seconde moitié des années 90 par Pascal Bouaziz et Olivier Fejoz. Après un premier album minimaliste dans la lignée de ce que publiait à l’époque le défunt label Lithium, Mendelson va définitivement larguer les amarres et quitter à jamais les rivages trop familiers de la chanson pop/rock pour enregistrer Quelque Part avec Noel Akchoté, Daunik Lazro et Joëlle Léandre. Devant l’impossibilité d’envisager une quelconque carrière dans le monde musical, Mendelson sera par la suite mis en sommeil et périodiquement réactivé par Pascal Bouaziz avec à chaque fois une formule musicale différente. Mais on retrouvera toujours ces textes sombres et cyniques, reflets des aspects les plus désespérants de notre société occidentale, des textes à écouter (ou lire) au moins au quatrième degré.

Le cru 2013 de Mendelson se présente sous la forme d’un monstrueux triple album constitué de onze morceaux. On comprend dès lors que pour apprivoiser cette bête, il va falloir beaucoup de volonté, d’autant plus que Pascal Bouaziz évite à peu près tout ce qui peut être standardisé. On entre ici dans un monde nouveau qui a peut-être une seule frontière connue, celle de l’Imprudence de Bashung. La musique est ici à base de pulsations rythmiques, implacables, lentes et froides, de samples fantomatiques sur lesquels viennent parfois croiser quelques guitares bruitistes et quelques claviers, ces derniers pourvoyant l’air nécessaire pour éviter l’étouffement de l’auditeur.

Quant aux textes, pour la plupart parlés et non chantés, on peut estimer que nous avons ici l’album le plus sombre de toute la discographie de Mendelson. Entre les couples qui s’abiment dans le quotidien, les vies gâchées dans les banlieues standardisées, l’écriture de Pascal Bouaziz se révèle particulièrement pessimiste… même si encore une fois, on peut avoir divers degrés de lecture et d’interprétation.

On ne peut bien sûr pas parler de cet album sans mentionner Les Heures, morceau de plus de 50 minutes évoquant la sortie du fond du gouffre d’un personnage anonyme, où l’on passe du désespoir le plus total à une lueur d’optimisme vite noyée dans un final bruitiste impressionnant. Il faut aussi parler d’un morceau un peu à part, Il n’y a pas d’autre rêve, qu’on pourrait penser tout droit sorti du meilleur de Manset, et qui est à peu près ce qui se rapproche le plus sur cet album de ce qu’on appelle habituellement une chanson.

En conclusion, Mendelson publie ici un album tout aussi intéressant et passionnant d’un point-de-vue musical que fascinant par la noirceur des textes. Il n’y que deux alternatives, soit on passe à côté, soit en se laisse engouffrer dans ce puits sans fond. Il s’agit alors d’une expérience sans aucun équivalent connu à ce jour…

Ici d’ailleurs – IDA090LP

Encore un peu de patience…

Mendelson 2013

… avant de pouvoir écouter le triple album de Mendelson qui est prévu pour mai sur le label Ici d’ailleurs. D’ici là, on pourra patienter en regardant les teasers distillés petit à petit.

Après tout cela fait 5 ans qu’on n’avait que peu de nouvelles de Pascal Bouaziz, songwriter maudit et génial, dont les chansons se promènent sur une corde raide tendue entre les seconds et troisième degrés, alors autant profiter des prochaines semaines pour réécouter les précédents albums et se préparer à se prendre en pleine tête une bonne dose de crises, d’histoires de banlieues pourries, de cuites qui tournent mal, de souvenirs d’enfance mal digérés, passés par le filtre d’une ironie sombre et sans limite.

On pourra aussi se procurer ici le split qu’il a récemlment publié avec Michel Cloup, un autre outsider du rock français.

Une ballade totalement subjective dans le rock français

Magma – Kobaia (1970)
Le riff de guitare, la voix légèrement sous-mixée de Klaus Blasquiz et un solo de sax marqué par le free jazz seront l’entrée en matière de Kobaia. Puis tout dérape avec cette pause terrifiante où Christian Vander hurle sa haine avant de nous entraîner dans un paysage sonore post-coltranien. En 10 minutes, le morceau d’ouverture du premier album de Magma est déjà à lui seul un voyage à part entière. Le rock français ne s’en remettra jamais tout à fait.

– Schizo – Le Voyageur (1973)
Gilles Deleuze récite un texte de Nietzsche  accompagné par Richard Pinhas… Inutile de dire que ce 45T autroproduit est entré dans la légende !

– Jacques Higelin – Est-ce que ma guitare est un fusil ? (1974)
Avec BBH75, Higelin tourne le dos à ses années Saravah pour devenir un chanteur de Rock populaire, pour le meilleur et pour le pire (pour le pire je pense à son horrible descendance qui nous assommera de coups de téléphone quelques années plus tard). En 1974, Higelin en fait déjà des tonnes mais ça fonctionne plutôt bien. Si ma guitare est un fusil, je te descends quand ça me chante.

– Serge Gainsbourg – Variations sur Marilou (1975)
Une longue variation d’un Gainsbourg salace, jouant sur les allitération, nourri de Jimi Hendrix, Elvis Presley, T-Rex, Alice Cooper, Lou Reed, Les Rolling Stones, on en est fou. L’Homme à Tête de Chou ne serait-il pas le dernier grand disque de Serge ?

– Manset – 2870 (1977)
Un de mes morceaux favoris de Manset, saturé de guitare, répétitif et envoûtant. Faut-il y voir l’influence de Heldon dont la section rythmique l’accompagne en studio à cette époque ?

– Metal Urbain – Panik (1977)
Metal Urbain détruit tout sur son passage. Radical, subversif, violent, a-t-on connu plus extrême en France depuis ?

– Fall of Saïgon – So Long (1981)
Ephémère trio emmené par Pascal Comelade, Fall of Saïgon est un des trésors méconnus de la New-Wave française. Ce morceau minimaliste, influencé par les Young Marble Giants, est un petit bijou de concision.

– Dominique A – Le Courage des Oiseaux (1992)
On reste dans le minimalisme avec ce morceau central du premier album de Dominique A, devenu un classique parmi les classiques, joué sans doute à chaque concert depuis, avec son refrain en forme de haiku. La Fossette, rejoué récemment intégralement sur scène, n’a pris que peu de rides malgré la voix fluette, à l’époque, du chanteur.

– Diabologum – La Maman et la Putain (1996)

Le monologue final de Veronika, héroïne du film éponyme de Jean Eustache, mis en musique dans un esprit proche de Slint, constitue un choc esthétique d’une violence inouïe. Diabologum restera pour moi le grand groupe français des années 90.

– Heliogabale – Unfinished Hexagram (1997)
En 1997, Heliogabale (l’autre grand groupe français des années 90 ?) va faire enregistrer The Full Mind is Alone the Clear par Steve Albini. Cela donne un album cinglant à souhait, dont on ne peut ressortir indemne. Pourquoi ce morceau plutôt qu’un autre ? Peut-être pour son final ou Sasha Andrès chante dans une transe transcendante…

– Bashung – L’imprudence (2002)
L’imprudence reste le coup de maître de Bashung qui laissera tout le monde derrière pour quelques années.  La voix et l’harmonica créent ici, avec la guitare crépusculaire de Marc Ribot, une alchimie unique qui nous emmène dans des contrées que peut-être seul Talk Talk avait pénétrées.

– Mendelson – Bienvenue à Lacanau (2003)
Il fallait bien parler de Pascal Bouaziz, songwriter maudit et magnifique, qui enregistre depuis des années sous le nom de Mendelson des histoires glauques et poignantes. Ici il est question d’une morte dans une baignoire, d’indifférence, les guitares y sont sombres et bruitistes. Il est nécessaire d’écouter Mendelson.