Une ballade totalement subjective dans le rock français

Magma – Kobaia (1970)
Le riff de guitare, la voix légèrement sous-mixée de Klaus Blasquiz et un solo de sax marqué par le free jazz seront l’entrée en matière de Kobaia. Puis tout dérape avec cette pause terrifiante où Christian Vander hurle sa haine avant de nous entraîner dans un paysage sonore post-coltranien. En 10 minutes, le morceau d’ouverture du premier album de Magma est déjà à lui seul un voyage à part entière. Le rock français ne s’en remettra jamais tout à fait.

– Schizo – Le Voyageur (1973)
Gilles Deleuze récite un texte de Nietzsche  accompagné par Richard Pinhas… Inutile de dire que ce 45T autroproduit est entré dans la légende !

– Jacques Higelin – Est-ce que ma guitare est un fusil ? (1974)
Avec BBH75, Higelin tourne le dos à ses années Saravah pour devenir un chanteur de Rock populaire, pour le meilleur et pour le pire (pour le pire je pense à son horrible descendance qui nous assommera de coups de téléphone quelques années plus tard). En 1974, Higelin en fait déjà des tonnes mais ça fonctionne plutôt bien. Si ma guitare est un fusil, je te descends quand ça me chante.

– Serge Gainsbourg – Variations sur Marilou (1975)
Une longue variation d’un Gainsbourg salace, jouant sur les allitération, nourri de Jimi Hendrix, Elvis Presley, T-Rex, Alice Cooper, Lou Reed, Les Rolling Stones, on en est fou. L’Homme à Tête de Chou ne serait-il pas le dernier grand disque de Serge ?

– Manset – 2870 (1977)
Un de mes morceaux favoris de Manset, saturé de guitare, répétitif et envoûtant. Faut-il y voir l’influence de Heldon dont la section rythmique l’accompagne en studio à cette époque ?

– Metal Urbain – Panik (1977)
Metal Urbain détruit tout sur son passage. Radical, subversif, violent, a-t-on connu plus extrême en France depuis ?

– Fall of Saïgon – So Long (1981)
Ephémère trio emmené par Pascal Comelade, Fall of Saïgon est un des trésors méconnus de la New-Wave française. Ce morceau minimaliste, influencé par les Young Marble Giants, est un petit bijou de concision.

– Dominique A – Le Courage des Oiseaux (1992)
On reste dans le minimalisme avec ce morceau central du premier album de Dominique A, devenu un classique parmi les classiques, joué sans doute à chaque concert depuis, avec son refrain en forme de haiku. La Fossette, rejoué récemment intégralement sur scène, n’a pris que peu de rides malgré la voix fluette, à l’époque, du chanteur.

– Diabologum – La Maman et la Putain (1996)

Le monologue final de Veronika, héroïne du film éponyme de Jean Eustache, mis en musique dans un esprit proche de Slint, constitue un choc esthétique d’une violence inouïe. Diabologum restera pour moi le grand groupe français des années 90.

– Heliogabale – Unfinished Hexagram (1997)
En 1997, Heliogabale (l’autre grand groupe français des années 90 ?) va faire enregistrer The Full Mind is Alone the Clear par Steve Albini. Cela donne un album cinglant à souhait, dont on ne peut ressortir indemne. Pourquoi ce morceau plutôt qu’un autre ? Peut-être pour son final ou Sasha Andrès chante dans une transe transcendante…

– Bashung – L’imprudence (2002)
L’imprudence reste le coup de maître de Bashung qui laissera tout le monde derrière pour quelques années.  La voix et l’harmonica créent ici, avec la guitare crépusculaire de Marc Ribot, une alchimie unique qui nous emmène dans des contrées que peut-être seul Talk Talk avait pénétrées.

– Mendelson – Bienvenue à Lacanau (2003)
Il fallait bien parler de Pascal Bouaziz, songwriter maudit et magnifique, qui enregistre depuis des années sous le nom de Mendelson des histoires glauques et poignantes. Ici il est question d’une morte dans une baignoire, d’indifférence, les guitares y sont sombres et bruitistes. Il est nécessaire d’écouter Mendelson.

Magma – Le Triton (Les Lilas) – 28 Juin 2011

Un véritable article de fan…

Cette semaine, j’ai effectué mon pèlerinage annuel au Triton pour aller (ré)écouter la dernière mouture de Magma qui y joue encore jusqu’au 2 juillet (mais je crois que c’est complet).

La formation n’a pas bougé depuis un an et a manifestement pris de l’assurance.  Hervé Aknin devient un chanteur Zeuhl impressionnant qui n’hésite pas à aller sur les territoires qu’on pensait réservés à l’immense Klaus Blasquiz. Assis à 3 mètres de la scène, on a du vent dans les cheveux !!!!

Ce soir là Magma a joué 2 sets complètements différents. Un premier set « historique » et un second contemporain. Commençons par l’historique car c’était sans doute là le centre d’intérêt principal de cette série de concerts. Au programme, deux longs morceaux :

Attahk (anciennement appelée Retrovision) : Il s’agit une pièce de jazz-rock-funk dont on connaissait déjà au moins 3 enregistrepments live (Retrospektiw III, Bourges  1979 et Bobino 1981). Autant dire qu’après ces près de 30 minutes d’assauts au groove implacable (eh oui, n’en déplaise aux rabat-joie, Christian Vander et Philippe Bussonnet forment sans doute une des sections rythmiques les plus puissamment groove que j’ai eu l’occasion d’entendre), on n’imagine pas comment la suite pourrait être meilleure tellement le groupe s’est surpassé dans l’exécution de ce morceau. La structure même de la pièce, d’une écriture assez lâche, laisse beaucoup de place aux musiciens pour s’exprimer et ils ne se gênent pas. Et d’ailleurs cette entrée en matière fulgurante restera sans doute le sommet de la soirée.

Rïah Sahïltaahk : issue de l’album 1001 Degrés Centigrade (1971), cette pièce avait disparu du répertoire scénique de Magma depuis près de 40 ans. Une partie des musiciens qui entourent Christian Vander à l’heure actuelle n’était sans doute pas née ! La relecture est ici fidèle à l’enregistrement original, si ce n’est le peloton de cuivre remplacé par les choeurs féminins (Stella Vander et Isabelle Feuillebois). C’est ici que l’on réalise qu’Hervé Aknin n’a sans doute rien à envier à Klaus Blasquiz dont il reprend le rôle à merveille.

Le second set sera consacré à des compositions plus récentes (hormis Dondaï issu de l’album Attahk) et on a l’impression que cela flotte parfois, en particulier sur Felicité Thoz, qui devient un classique du répertoire récent de Magma, que je trouve personnellement un peu mou. Le groupe se ressaisit pour un final dur et sombre à souhait.

Malgré la baisse de régime du début du second set, ce fut comme à chaque fois un pur moment de plaisir et de transe que d’assister à ce concert de Magma. Je suis fan depuis plus de 15 ans et rien n’y fait, j’y retourne sans cesse !

Christian Vander batterie, chant
Stella Vander chant
Isabelle Feuillebois chant
Hervé Aknin chant
Bruno Ruder claviers
Benoit Alziary vibraphone, theremin
James Mac Gaw guitare
Philippe Bussonnet basse

Magma – Le Triton – Juin 2010

Ce fut un grand plaisir que celui de revoir l’incarnation actuelle de l’entité musicale nommée Magma jeudi dernier. On aura dit tout et son contraire sur C. Vander et sa musique.
Sa persévérance à creuser un sillon unique dans la musique force le respect. Voici un petit extrait de ce que l’on a pu écouter au Triton.