Laurie Spiegel – The Expanding Universe

UW09Publié au début des années 80, The Expanding Universe est un témoignage assez ancien de musique créée à l’aide d’un ordinateur. Laurie Spiegel explique la genèse du projet dans cette interview. On se contera ici de noter qu’elle en est arrivée à travailler sur des ordinateurs aux laboratoires Bell à cause de sa frustration de ne pouvoir garder en mémoire ou de pouvoir répéter ce qu’elle créait sur des synthétiseurs analogiques.

Ce qui différencie le travail de Laurie Spiegel de beaucoup de ces premières expérimentations musicale à l’aide d’ordinateurs, c’est qu’il y a ici une véritable démarche intellectuelle et artistique. Il faut se rappeler que dans les années 60 et 70, il y avait peu d’ordinateurs dans le monde, que ceux-ci étaient peu accessibles et extrêmement onéreux. On conçoit dès lors que peu de musiciens purent y avoir accès. Laurie Spiegel, en ayant l’opportunité de travailler aux Laboratoires Bell, faisait donc partie d’un club extrêmement restreint.

Réédité et considérablement enrichi d’enregistrements pour la plupart inédits, cet album nous offre une variété de sons et de textures créées dans les années 70 à l’aide du système GROOVE développé par Max Matthews, un des pionniers de la création musicale assistée par ordinateur. Dans les notes de pochette, on remarque que Laurie Spiegel cite les influences de Bach et de John Fahey comme déterminantes pour son travail. Des morceaux comme Patchwork ou The Expanding Universe en portent chacun quelques stigmates.

Par la suite Laurie Spiegel deviendra programmatrice et développera des logiciels de création musicale, tout en continuant son propre travail artistique, malheureusement très peu publié à ce jour. On saluera à ce titre le travail du label Unseen Worlds, qui après avoir réédité Dickie Landry, nous permet de (re)découvrir cette pionnière de la musique électronique.

Unseen Worlds – UW09

Mon année 2012

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Cette année 2012 aura été riche en écoute et en (re)découvertes. Trop de disques passionnants auront été publiés pour que je puisse tous les écouter avec l’attention qu’ils méritent. Et en même temps, un chef d’oeuvre (et je ne suis pas le seul à le dire) se détache des autres, tant le voyage dans le son qu’il propose est sidérant d’intelligence et de beauté. Il s’agit de Zero plus Zero de Lucio Capece sur Potlatch qui s’affirme de plus en plus comme un des labels les plus passionnants de la musique improvisée et expérimentale.

La liste suivante contient des disques qui ont été chroniqués ici, d’autres qui ne l’ont pas encore été, qui le seront peut-être un jour ou peut-être jamais, mais qui à mon sens méritent d’attirer l’attention et m’auront durablement marqué cette année.

Eventless Plot – Recon (Aural Terrain) : un trio grec anonyme joue avec les collisions entre électronique et acoustique.

Can – The Lost Tapes (Spoon Records) : la révélation de ces bandes inédites du groupe allemand nous confirme si il y en avait besoin que ces musiciens avaient une énorme longueur d’avance sur la plupart de leurs contemporains.

Oren Ambarchi – Sagittarian Domain (Editions Mego) : un millefeuille envoûtant de rythme et de textures, qui va puiser aussi bien dans le Krautrock que chez Heldon.

– Keiji Haino, Stephen O’Malley & Oren AmbarchiNazoranai (Editions Mego) : quatre faces de free rock incendiaire, entre les hurlements et la guitare de Keiji Haino, la base ronflante de Stephen O’Malley et la batterie furieuse de Oren Ambarchi. Quelque part entre Painkiller et Jimi Hendrix.

300 Basses – Sei Ritornelli (Potlatch) / Cremaster & Angharad Davies – Pluie Fine (Potlatch) / Pascal Battus & Alfredo Costa Monteiro – fêlure (Organized Music from Thessaloniki) : que ce soit à l’accordéon, au papier amplifié ou avec divers dispositifs électroacoustiques, Alfredo Costa Monteiro a livré cette année trois disques superbes, riches de textures envoûtantes.

Robert Turman – Flux (Spectrum Spool / Editions Mego) : de l’ambient lo-fi, quelque part entre Erik Satie et les ruines de l’aéroport de Brian Eno délaissé par les hommes et envahi par une jungle mélancolique. Serait-ce la bande son de la fin du monde des humains ?

Franco Falsini – Cold Nose  (Spectrum Spool / Editions Mego) / Sensation’s Fix – Music Is Painting In The Air (1974 – 1977)  (RVNG Intl) : ces deux rééditions nous révèlent que l’Italie a enfanté en milieu des années 70 de petits cousins du Krautrock allemand. Franco Falsini s’y révèle comme un acteur majeur de l’introduction des synthétiseurs dans le rock.

Jason Lescalleet – Songs About Nothing (Erstwhile) : de la musique punk électroacoustique. Que dire de plus ?

Laurie Spiegel – The Expanding Universe (Unseen Worlds) : magnifique réédition des travaux de cette pionnière américaine de la musique électronique, marquée par Bach et John Fahey.

Eliane Radigue – Feedback Works (Alga Marghen) : Eliane Radigue nous ouvre ses archives et nous emmène loin en arrière, à la fin des années 60, lorsqu’elle n’avait pas encore les moyens d’accéder aux synthétiseurs. Ces travaux réalisés avec peu de moyens ne font que confirmer la stature de cette grande dame.