Impressions

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Phill Niblock filme Sun Ra & his Solar Arkestra

The Magic Sun

Director: Phill Niblock
Year: 1966
Time: 14 mins
Music: Sun Ra & His Solar Arkestra

Ce qui me semble être une constante dans le travail visuel de Phill Niblock, à savoir le travail manuel, tend ici vers une abstraction visuelle du plus bel effet qui illustre admirablement la musique de Sun Ra.

Vous pouvez visionner la version intégrale sur UbuWeb :
http://www.ubu.com/film/niblock_sun.html

Albert Ayler

La lecture du livre récemment publié sur Albert Ayler aux éditions Le Mot et le Reste, dont on ne louera jamais assez le travail remarquable, m’a fait replonger dans la musique de ce saxophoniste maudit. Il est bien difficile pour quelqu’un de ma génération – Ayler est mort 3 ans avant ma naissance – d’imaginer ce que put être le passage fulgurant de cette météorite dans le paysage jazzistique. Il reste quelques disques, quelques enregistrements de concert, quelques photos et une légende dans laquelle il est bien difficile de de démêler le vrai du faux.

Ayler semble avoir divisé violemment la critique jazz française, déclenchant une énième bataille des anciens et des modernes, ces derniers lui prêtant une dimension politique assez douteuse avec le recul. Car Ayler choquait le confort bourgeois : il jouait fort, montait régulièrement dans le suraigu, se moquait de la rythmique et des gammes, produisait un son sale, voire bruitiste… Et pourtant Ayler ne semblait pas faire de politique. Ayler vivait pour la musique, s’il jouait fort, c’est avant tout une preuve d’un engagement plein et entier. C’est probablement cet engagement qui a le plus choqué. Ayler joue comme si sa vie en dépendait. Faut-il y voir une des raisons de sa mort prématurée ?

Si Ayler a divisé le milieu jazzistique français, il a malheureusement surtout rencontré l’indifférence voire le rejet viscéral de sa musique. Ses disques se vendaient peu, ses concerts étaient peu fréquentés. On est rétrospectivement surpris des 4 ou 5 personnes applaudissant un trio composé de Albert Ayler / Gary Peacock / Sunny Murray dans le magnifique coffret Holy Ghost ! On sait néanmoins que Coltrane fut durablement marqué par le son d’Ayler.

Poussé par Impulse, Ayler va essayer de rendre sa musique plus commerciale, cela va aboutir dans New Grass, qui débute par un fabuleux duo basse – saxophone quasiment atonal, où on entend Ayler respirer, transpirer, donner tout ce qu’il est possible de donner. On imagine sans peine le jeune John Zorn écouter ce morceau pendant des soirées entières! Il fallait sans doute cette mise en condition pour apprécier à sa juste valeur le Rythm’n’Blues enfiévré qui constituera le reste du disque. Après avoir choqué les classiques, Ayler choque les avant-gardistes ! Par la suite, ce sera une fuite en avant qui se terminera, en 1970, dans l’Hudson River. Albert Ayler avait 34 ans.

Gil scott-Heron and Brian Jackson – It’s your world

Publié en 1976 It’s your world est certainement un des sommets de la collaboration entre le poète et chanteur Gil Scott-Heron et le musicien et arrangeur Brian Jackson. Ce double album est en partie enregistré en studio, en partie enregistré live.

On y trouve un magnifique hommage à New-York où le break de salsa me fait penser aux rythmes afro-cubains enregistrés par un certain ermite musicien pour son disque  The story of Moondog. On fera aussi immanquablement le rapprochement avec le sombre New-York is Killing Me publié en 2010 sur l’album I’m New Here, sorte d’antithèse parfaite du précédent. Il est vrai qu’entre temps Gil Scott-Heron aura connu une véritable descente aux enfers.

La voix de Gil Scott-Heron se pose sur un jazz-funk d’une efficacité redoutable qui parvient à éviter toute facilité et prend ses aises dans des solos qui évitent le racolage. Outre un vibrant hommage à John Coltrane (cosigné par Gil Scott-Heron avec Alice Coltrane herself), le sommet du disque est à mon sens cette version de Home is where the hatred is, morceau phare de l’album Piece of a Man, qui s’étend ici sur plus de 12 minutes en apesanteur où la voix, le saxophone et le piano rivalisent dans les airs.

Seul moment de répit dans cet album, un monologue de 8 minutes sur les racine du blues et le bicentenaire de l’indépendance des Etats-Unis oscille entre les références datées à Nixon ou Reagan et une revendication d’égalité pour les afro-américains qui n’a pas encore abouti de nos jours. Gil Scott-Heron a toujours été un militant et It’s your world ne fait pas exception dans sa discographie.

Electric Miles – Berlin 1973

Miles Davis : trumpet, organ

Dave Liebman : tenor saxophone, soprano saxophone, flute

Pete Cosey : electric guitar

Reggie Lucas : electric guitar

Michael Henderson : electric bass

Al Foster : drums

James « Mtume » Foreman : percussion

Miles Davis – On The Corner

Dans la série des albums monstres, il nous faut aborder le cas d’On The Corner de Mile Davis. En 1972, Miles est quasiment au sommet de sa gloire et a déjà un parcours à faire pâlir d’envie tous ses contemporains. Après avoir mené à bien l’électrification du jazz, et alors que les musiciens de la New Thing en ont dynamité les structures, que restait-il à faire ?

Le son, bien sûr, le son… Miles et son producteur Teo Macero étaient au fait des recherches électroacoustiques menées par Stockhausen et devaient se dire qu’il y aurait bien quelques chose à en faire dans leur propre musique…

– Miles : Et si on en profitait pour réinventer le funk…
– Teo : Ouais essayons…

Et c’est ainsi qu’en quelques sessions, entourés de musiciens qu’ils connaissent bien (Dave Liebman, Bennie Maupin, John McLaughlin, Herbie Hancock, Jack DeJohnette – 19 musiciens en plus de Miles lui-même) ils vont graver ce disque où plutôt empiler des strates de sons, les déformer, pour créer un substrat sonore où tout instrument devient presque méconnaissable. Les soli fusent épisodiquement, mais servent avant tout à amplifier la couleur de l’ensemble. Et cela groove en diable, grâce à des structures rythmiques terriblement répétitives et entêtantes (on pense aux ragas de la musique indienne).

Quant à la trompette de Miles, elle est méconnaissable, enfouie sous des tonnes d’effets. Elle est discrète, on ne l’entend que sur environ 1/3 du disque (estimation toute personnelle) mais fait jaillir des déluges d’électricité.

Il faudrait aussi parler de l’utilisation incroyable de la stéréo (ce disque doit être écouté au casque pour en saisir pleinement les subtilités) ou des accidents sonores improbables qui jaillissent sans prévenir… Bref, une centaine d’écoutes ne sont probablement pas de trop pour bien faire le tour d’On The Corner.

Spoken Words – 1

Against what light

is false what breath
sucked, for deadness.
Murder, the cleansed

purpose, frail, against
God, if they bring him
bleeding, I would not

forgive, or even call him
black dada nihilismus.

The protestant love, wide windows,
color blocked to Mondrian, and the
ugly silent deaths of jews under

the surgeons knife. (To awake on
69th street with money and a hip
nose. Black dada nihilismus, for

the umbrellad jesus. Trillby intrigue
movie house presidents sticky on the floor.
B.D.N., for the secret men, Hermes, the

blacker art. Thievery (ahh, they return
those secret gold killers. Inquisitors
of the cocktail hour. Trismegistus, have

them, in their transmutation, from stone
to bleeding pearl, from lead to burning
looting, dead Moctezuma, find the West

a grey hideous space.

2.

From Sartre, a white man, it gave
the last breath. And we beg him die,
before he is killed. Plastique, we

do not have, only thin heroic blades.
The razor. Our flail against them, why
you carry knives? Or brutaled lumps of

heart? Why you stay, where they can
reach? Why you sit, or stand, or walk
in this place, a window on a dark

warehouse. Where the minds packed in
straw. New homes, these towers, for those
lacking money or art. A cult of death

need of the simple striking arm under
the streetlamp. The cutters, from under
their rented earth. Come up, black dada

nihilismus. Rape the white girls. Rape
their fathers. Cut the mothers throats.

Black dada nihilismus, choke my friends

in their bedrooms with their drinks spilling
and restless for tilting hips or dark liver
lips sucking splinters from the masters thigh.

Black scream
and chant, scream,
and dull, un
earthly
hollering. Dada, bilious
what ugliness, learned in the dome, colored holy
shit (i call them sinned

or lost
burned masters
of the lost
nihil German killers
all our learned

art, member
what you said
money, God, power,
a moral code, so cruel
it destroyed Byzantium, Tenochtitlan, Commanch
(got it, Baby!

For tambo, willie best, dubois, patrice, mantan, the
bronze buckaroos.

For Jack Johnson, asbestos, tonto, buckwheat,
billie holiday.

For tom russ, loverture, vesey, beau jack,

may a lost god damballah, rest or save us
against the murders we intend
against his lost white children
black
dada
nihilismus