Sandy Bull & The Rhythm Ace – Live 1976

Décédé en 2001, Sandy Bull est un des nombreux artistes maudits du folk américain. Incroyablement doué et inspiré, amateur de free jazz et de musique orientale, sa carrière fut gâchée par une sévère addiction aux drogues. Beaucoup lui auront proposé de jouer en première partie de leurs concerts mais cela ne suffira pas et Sandy Bull sombrera petit à petit dans l’oubli avant de mourir dans un quasi anonymat. Ses quelques disques n’ont pour la plupart jamais connu de réédition en CD.

Ce Live de 1976, inédit jusqu’en 2012, est le seul disque de Sandy Bull que j’ai écouté pour le moment, même si Fantasias for Guitar & Banjo est chaudement recommandé par Philippe Robert et Bruno Meillier dans leur opus sur la musique Folk*. Nous avons là un musicien seul, jouant de l’oud, de la pedal steel ou de la guitare, des bandes préalablement enregistrées de basse et de guitare rythmique et une boîte à rythme japonaise – The Rhythm Ace. Cinq morceaux seulement, entrecoupées de commentaires mi-ironiques, mi-désabusés du musicien. La présentation des « musiciens » est à ce titre à elle seule un grand moment du disque.

L’oud est certainement l’instrument le plus représenté sur le disque et lui donne une coloration unique, mais pas uniquement orientale. Car cette musique est avant tout fortement marquée par la modestie des moyens employés. Les mélodies apparaissent souvent en pointillé et on pourrait penser que ce cadre étriqué les empêche de se déployer alors que tout au contraire, ce jeu de contraintes ne les rend que plus émouvantes. Sandy Bull, piètre vocaliste, parvient aussi à faire d’une simple balade – Love is Forever – un morceau entêtant.

Réédité uniquement en vinyle par Galactic Zoo Disk (sous-label de Drag City), ce disque live de Sandy Bull mérite vraiment le détour et espérons qu’il favorise la redécouverte de ce musicien largement et injustement ignoré.

* Philippe Robert et Bruno Meillier, Folk & Renouveau – Une Balade Anglo-Saxonne, Le Mot et le Reste, 2011.

Galactic Zoo Disk / Drag City – DC-494 / GZD-008

Sir Richard Bishop – Intermezzo

Publié à l’origine en autoproduction, Intermezzo a été réédité par Stephen O’Malley dans le cadre d’Ideologic Organ, qui tend à devenir une collection de très haute tenue. Il est dommage que ces publications en vinyle soient assez limitées et donc vite épuisées.

Sir Richard Bishop est surtout connu pour avoir été le guitariste des Sun City Girls, groupe désormais dissout pour cause de décès d’un de ses membres.

Protégé par cette pochette ornée d’un gros plan somptueux de l’auteur, se cache un très beau disque de guitare. Neuf pièces variées nous font visiter de nombreux registres de l’instrument. On passera d’un folk classique à un morceau orientalisant ou encore à une évocation de la musique indienne. Tantôt enjoué, tantôt mélancolique, Sir Richard Bishop passera aussi par la case abstraction. Les références sont assez évidentes : John Fahey, Derek Bailey, Eugene Chadbourne…

Le principal écueil eût été pour Sir Richard Bishop de sombrer dans la démonstration gratuite. Quelques minutes d »écoute seulement suffisent à prouver qu’il n’en est rien. C’est avant tout un disque de célébration de l’instrument et de ses maîtres, subtil hybride entre le monde occidental et le monde oriental. La pochette conçue par Stephen O’Malley ne pouvait finalement pas mieux représenter le contenu.

Ideologic Organ / Editions Mego – SOMA010

Les bruits de la nuits

Extrait d’une récente session acoustique pour une radio américaine, voici un morceau du dernier album en date de Bonnie Prince Billy, le très beau Wolfroy Goes to Town. A déguster sans modération.

On peut trouver l’intégralité de cette session sur le site de KEXP.

Simon Finn – Pass the Distance

Simon Finn est un artiste maudit. Ce disque, enregistré en 1970, ne restera que quelques semaines dans les bacs, sa pochette parodiant une publicité pour une marque de chaussures! Et pourtant, quelques afficionados (dont David Tibet de Current 93) entretiendront la flamme pendant plus de 30 ans, alors que l’auteur lui-même disparait totalement (il avait émigré au Canada). Puis Simon Finn refait surface dans les années 2000, retrouve le chemin des studios pour graver une paire d’albums intimistes, barrés et magnifiques.

Mais revenons à « Pass the Distance ». Nous ne sommes pas en présence d’un joli disque de folk. Tout y est hors norme. La voix est sans cesse sur la corde raide, l’orchestration s’autorise toutes les sorties de routes imaginables (on ne sera pas étonné d’apprendre que le musicien qui accompagne Simon Finn est un certain David Toop). Ce mariage de folk, de psychédélisme et d’orientalisme trouve son aboutissement dans un morceau extraordinaire, qui clot la face A : Jerusalem. En voici un enregistrement live récent.

Durtro / Jnana

Barbara Dane – An Anthology of American Folk Songs

Imaginez une jolie blonde, déjà remarquée comme chanteuse de blues (on ira jusqu’à comparer sa voix à celle de Bessie Smith!) s’approprier le répertoire folk de l’Amérique profonde, seule à la guitare, parfois accompagnée par un banjo. Ces chansons parlent de filles de petite vertu, de la pauvreté dans les Etats-Unis des années 30… Rien de très joyeux, donc. Car Barbara Dane n’est pas une chanteuse légère, son parcours sera par la suite politiquement très marqué à gauche : elle s’engagera contre la guerre du Vietnam, soutiendra les GIs déserteurs et enregistrera un disque au titre sans concession : « I Hate the Capitalism System ».

Le plus marquant est la voix de Barbara Dane. Elle n’a pas 30 ans quand elle enregistre ce disque, on dirait qu’elle en a le double. C’est grave, profond à souhait. Cela vient des entrailles. Sa version de cette mélodie anglaise plutôt légère qu’est Greensleeves, est bouleversante.

Empire Musicwerks / Universal