Cremaster & Angharad Davies – Pluie Fine

P312_cover.inddLe musicien Alfredo Costa Monteiro a été pour moi une découverte majeure en 2012, notamment à l’accordéon dans le trio 300 Basses ou au papier amplifié dans son duo avec Pascal Battus. On le retrouve ici au sein de Cremaster, duo électroacoustique formé en 2000 avec Ferran Fages.

En trois pièces de 15 minutes environ chacune,  Cremaster crée un substrat électroacoustique de prime abord assez austère, qui n’est pas là pour être plaisant, mais qui se veut certainement une exploration des possibilités extrêmes de leurs instruments. Qu’on s’entende bien, on n’est pas là pour bêtement choquer ou déranger l’auditeur mais bien pour le mettre en face de la nature même du son et de son processus créatif. Vient s’ajouter tout au long de ces trois plages, le violon d’Angharad Davies, qui se fond habilement et habite littéralement, mais sans démonstration outrancière, le paysage sonore créé par les deux électroacousticiens.

La lecture des crédits nous renseigne quelque peu sur le processus qui a dû être mis en oeuvre, Cremaster ayant créé le matériau présent sur le disque entre septembre 2010 et juillet 2012 à Barcelone et Angharad Davies ayant enregistré ses parties le 3 mars 2012 à Oxford. On imagine donc qu’il y a eu là une sorte de correspondance sonore, retravaillée et finalisée par la suite par Alfredo Costa Monteiro et Ferran Fages.

Soyons clair, cette musique se mérite et n’est pas d’une approche facile, mais pour peu que l’on fasse l’effort nécessaire pour s’y plonger, la ressentir au plus profond de son être, on découvre des paysages sonores inouïs. On est à la fois dans le cérébral et le physique… dans l’humain, en quelque sorte.

Potlatch – P312

Mon année 2012

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Cette année 2012 aura été riche en écoute et en (re)découvertes. Trop de disques passionnants auront été publiés pour que je puisse tous les écouter avec l’attention qu’ils méritent. Et en même temps, un chef d’oeuvre (et je ne suis pas le seul à le dire) se détache des autres, tant le voyage dans le son qu’il propose est sidérant d’intelligence et de beauté. Il s’agit de Zero plus Zero de Lucio Capece sur Potlatch qui s’affirme de plus en plus comme un des labels les plus passionnants de la musique improvisée et expérimentale.

La liste suivante contient des disques qui ont été chroniqués ici, d’autres qui ne l’ont pas encore été, qui le seront peut-être un jour ou peut-être jamais, mais qui à mon sens méritent d’attirer l’attention et m’auront durablement marqué cette année.

Eventless Plot – Recon (Aural Terrain) : un trio grec anonyme joue avec les collisions entre électronique et acoustique.

Can – The Lost Tapes (Spoon Records) : la révélation de ces bandes inédites du groupe allemand nous confirme si il y en avait besoin que ces musiciens avaient une énorme longueur d’avance sur la plupart de leurs contemporains.

Oren Ambarchi – Sagittarian Domain (Editions Mego) : un millefeuille envoûtant de rythme et de textures, qui va puiser aussi bien dans le Krautrock que chez Heldon.

– Keiji Haino, Stephen O’Malley & Oren AmbarchiNazoranai (Editions Mego) : quatre faces de free rock incendiaire, entre les hurlements et la guitare de Keiji Haino, la base ronflante de Stephen O’Malley et la batterie furieuse de Oren Ambarchi. Quelque part entre Painkiller et Jimi Hendrix.

300 Basses – Sei Ritornelli (Potlatch) / Cremaster & Angharad Davies – Pluie Fine (Potlatch) / Pascal Battus & Alfredo Costa Monteiro – fêlure (Organized Music from Thessaloniki) : que ce soit à l’accordéon, au papier amplifié ou avec divers dispositifs électroacoustiques, Alfredo Costa Monteiro a livré cette année trois disques superbes, riches de textures envoûtantes.

Robert Turman – Flux (Spectrum Spool / Editions Mego) : de l’ambient lo-fi, quelque part entre Erik Satie et les ruines de l’aéroport de Brian Eno délaissé par les hommes et envahi par une jungle mélancolique. Serait-ce la bande son de la fin du monde des humains ?

Franco Falsini – Cold Nose  (Spectrum Spool / Editions Mego) / Sensation’s Fix – Music Is Painting In The Air (1974 – 1977)  (RVNG Intl) : ces deux rééditions nous révèlent que l’Italie a enfanté en milieu des années 70 de petits cousins du Krautrock allemand. Franco Falsini s’y révèle comme un acteur majeur de l’introduction des synthétiseurs dans le rock.

Jason Lescalleet – Songs About Nothing (Erstwhile) : de la musique punk électroacoustique. Que dire de plus ?

Laurie Spiegel – The Expanding Universe (Unseen Worlds) : magnifique réédition des travaux de cette pionnière américaine de la musique électronique, marquée par Bach et John Fahey.

Eliane Radigue – Feedback Works (Alga Marghen) : Eliane Radigue nous ouvre ses archives et nous emmène loin en arrière, à la fin des années 60, lorsqu’elle n’avait pas encore les moyens d’accéder aux synthétiseurs. Ces travaux réalisés avec peu de moyens ne font que confirmer la stature de cette grande dame.