La folie des hommes

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Dominique A – Vers les lueurs

Ce qui est intéressant avec Dominique A, c’est que d’un album à l’autre, il ne cesse de se renouveler. Bien sûr l’écriture garde ses constantes et on n’est jamais vraiment perdus mais la couleur globale change radicalement.

Ici, Dominique A prend donc le contre-pied de La Musique, enregistré seul à la maison, et réunit une dizaine de musiciens : flûtes, hautbois et clarinettes viennent colorer le traditionnel basse, guitare, clavier, batterie. Soyons clairs, la dernière fois qu’il a cherché ainsi à étoffer le son, cela a donné le semi-échec de Tout sera comme avant (2004). Heureusement, l’essai semble mieux se transformer avec ce disque enregistré en une semaine  début janvier 2012. Ce qui démontre en passant qu’on n’a pas besoin de passer des semaines en studio pour sortir un bon disque, ce sens de l’urgence me semblant perdu dans le monde du rock et de la chanson. Dominique A prend même le risque de tenter une fresque à la Manset de près de 10 minutes, Le Convoi, qui n’a rien à envier à Lumières, par exemple.

On regrettera toujours que la tension que sait créer Dominique A en concert, ne rejaillisse que rarement sur disque , à part peut-être dans Contre un arbre ou La Possession. Dominique A est donc un chanteur à aller voir absolument sur scène.

Une ballade totalement subjective dans le rock français

Magma – Kobaia (1970)
Le riff de guitare, la voix légèrement sous-mixée de Klaus Blasquiz et un solo de sax marqué par le free jazz seront l’entrée en matière de Kobaia. Puis tout dérape avec cette pause terrifiante où Christian Vander hurle sa haine avant de nous entraîner dans un paysage sonore post-coltranien. En 10 minutes, le morceau d’ouverture du premier album de Magma est déjà à lui seul un voyage à part entière. Le rock français ne s’en remettra jamais tout à fait.

– Schizo – Le Voyageur (1973)
Gilles Deleuze récite un texte de Nietzsche  accompagné par Richard Pinhas… Inutile de dire que ce 45T autroproduit est entré dans la légende !

– Jacques Higelin – Est-ce que ma guitare est un fusil ? (1974)
Avec BBH75, Higelin tourne le dos à ses années Saravah pour devenir un chanteur de Rock populaire, pour le meilleur et pour le pire (pour le pire je pense à son horrible descendance qui nous assommera de coups de téléphone quelques années plus tard). En 1974, Higelin en fait déjà des tonnes mais ça fonctionne plutôt bien. Si ma guitare est un fusil, je te descends quand ça me chante.

– Serge Gainsbourg – Variations sur Marilou (1975)
Une longue variation d’un Gainsbourg salace, jouant sur les allitération, nourri de Jimi Hendrix, Elvis Presley, T-Rex, Alice Cooper, Lou Reed, Les Rolling Stones, on en est fou. L’Homme à Tête de Chou ne serait-il pas le dernier grand disque de Serge ?

– Manset – 2870 (1977)
Un de mes morceaux favoris de Manset, saturé de guitare, répétitif et envoûtant. Faut-il y voir l’influence de Heldon dont la section rythmique l’accompagne en studio à cette époque ?

– Metal Urbain – Panik (1977)
Metal Urbain détruit tout sur son passage. Radical, subversif, violent, a-t-on connu plus extrême en France depuis ?

– Fall of Saïgon – So Long (1981)
Ephémère trio emmené par Pascal Comelade, Fall of Saïgon est un des trésors méconnus de la New-Wave française. Ce morceau minimaliste, influencé par les Young Marble Giants, est un petit bijou de concision.

– Dominique A – Le Courage des Oiseaux (1992)
On reste dans le minimalisme avec ce morceau central du premier album de Dominique A, devenu un classique parmi les classiques, joué sans doute à chaque concert depuis, avec son refrain en forme de haiku. La Fossette, rejoué récemment intégralement sur scène, n’a pris que peu de rides malgré la voix fluette, à l’époque, du chanteur.

– Diabologum – La Maman et la Putain (1996)

Le monologue final de Veronika, héroïne du film éponyme de Jean Eustache, mis en musique dans un esprit proche de Slint, constitue un choc esthétique d’une violence inouïe. Diabologum restera pour moi le grand groupe français des années 90.

– Heliogabale – Unfinished Hexagram (1997)
En 1997, Heliogabale (l’autre grand groupe français des années 90 ?) va faire enregistrer The Full Mind is Alone the Clear par Steve Albini. Cela donne un album cinglant à souhait, dont on ne peut ressortir indemne. Pourquoi ce morceau plutôt qu’un autre ? Peut-être pour son final ou Sasha Andrès chante dans une transe transcendante…

– Bashung – L’imprudence (2002)
L’imprudence reste le coup de maître de Bashung qui laissera tout le monde derrière pour quelques années.  La voix et l’harmonica créent ici, avec la guitare crépusculaire de Marc Ribot, une alchimie unique qui nous emmène dans des contrées que peut-être seul Talk Talk avait pénétrées.

– Mendelson – Bienvenue à Lacanau (2003)
Il fallait bien parler de Pascal Bouaziz, songwriter maudit et magnifique, qui enregistre depuis des années sous le nom de Mendelson des histoires glauques et poignantes. Ici il est question d’une morte dans une baignoire, d’indifférence, les guitares y sont sombres et bruitistes. Il est nécessaire d’écouter Mendelson.