Daunik Lazro – Some other zongs (2011)

Une bonne dizaine d’année après Zong Book (Emouvance), Daunik Lazro revient à l’exercice discographique en solo, cette-fois au saxophone baryton uniquement. Ce disque a été enregistré pour partie à l’Europa Jazz Festival du Mans en 2010 et à l’Eglise Saint-Merri à Paris en février 2011.

On ne répétera jamais l’importance séminale de ce saxophoniste, qui fait plonger les racines de sa musique dans le blues et le free jazz, mais s’exprime libre de toute attache et de toute convention. Daunik Lazro, c’est une sorte de malentendu vivant, un musicien trop libre pour ceux qui aiment le jazz (où plutôt qui croient l’aimer), et un grand frère discret des musiciens de la scène improvisée francophone.

Ce disque commence par une belle reprise d’un thème de Joe McPhee. Daunik Lazro nous accueille ainsi doucement dans son univers, par cette invitation à s’asseoir, se détendre avant d’entrer dans le vif du sujet. Car le baryton va vite s’exprimer dans des boucles au registre rauque, avant de monter dans les aigus, s’apaiser, repartir dans des envolées furieuses. Le morceau de choix est la sixième pièce, la plus longue, qui dans sa magnifique retenue, offre une sorte de synthèse des possibles, du silence au cri.

On notera la belle prise de son faite à l’Eglise Saint-Merri qui restitue discrètement la réverbération naturelle du lieu.

Ayler Records – AYLCD 123

Daunik Lazro / Michel Doneda / Ninh Lê Quan – Concert Public – 1988

Daunik Lazro : saxophone alto
Michel Doneda : saxophone soprano
Ninh Lê Quan : percussions

Je ne sais plus comment ce disque est arrivé chez moi. Il a du déjà me suivre dans plusieurs déménagement sans que je ne l’écoute beaucoup. Alors pourquoi le ressortir ce soir ? Difficile à expliquer sauf par une concordance de temps et de curiosité.

Lors de l’enregistrement de ce disque en janvier 1988, je ne m’intéressais pas du tout à ces musiques-là, j’en ignorais sans doute complètement l’existence. Il faut ré-écouter ces enregistrements des années 80 pour réaliser que beaucoup de temps a passé pour l’amateur que je suis et les musiciens qui l’ont créé. Peut-on par exemple aujourd’hui imaginer Michel Doneda signer de son nom deux titres sur un disque ?

Car il n’est pas vraiment question ici de musique totalement improvisée ou non idiomatique, tant les influences sont ici perceptibles (free jazz, musiques traditionnelles indiennes ou est-européennes, musique contemporaine). Le stade de maturité de chacun des intervenants est aussi différent. Lê Quan Ninh n’a pas encore trouvé son son et rédui son instrumentation a ce qu’on peut admirer aujourd’hui. Daunik Lazro, le plus senior des trois, a le jazz, free ou plus traditionnel, ancré en lui, même si on sent que les amarres son définitivement larguées. Michel Doneda est lui au début de la voie (voix ?) qu’on lui connaît aujourd’hui et on peut déjà anticiper sur cet enregistrement l’immense défricheur sonore qu’il va devenir.

Tout au long de ces huit plages, des mélodies apparaissent et disparaissent au gré des improvisations, parfois en solo, parfois collectives pour créer un joli patchwork d’ambiances. On sent déjà une profonde retenue, voire de la méfiance, vis-à-vis d’une certaine virtuosité trop démonstrative qui pourrait mener dans une impasse stérile.

Ce n’est probablement pas un disque majeur mais c’est un document important pour moi afin de connaître ce qui se jouait à cette époque-là. Et j’avais envie d’en parler…

LP Van d’Oeuvre– 8903 (une version CD a été éditée au début des années 90 par le label In Situ – IS037).

Daunik Lazro et Ciné-concert expérimental – Eglise Saint-Merry (Paris – 18 février 2011)

Il faisait froid ce soir-là dans l’Eglise Saint-Merry. Quelques dizaines de curieux, amateurs de musiques et de sons improbables, sont néanmoins venus se réchauffer les oreilles. Et ils en ont été récompensés.

Il y a eu tout d’abord, Daunik Lazro et son saxophone Baryton. On ne parlera jamais assez de l’importance de ce musicien pour la génération suivante, pour leur envie de défricher des territoires sonores vierges. Frédéric Blondy l’a d’ailleurs rappelé en introduction de la soirée.

Daunik Lazro a donc joué un long solo, en deux parties (séparées par un changement d’anche). La première fut furieuse et revêche, nous entraînant dans un déferlement sonore incroyable, des graves aux aigus, parfois en solo, parfois en résonance avec lieu. La seconde partie, plus posée, nous fit ressentir le souffle de Daunik Lazro, celui qui crée ces notes mais aussi celui qui habite sa musique depuis plusieurs décennies.

Puis, en conclusion, Daunik Lazro nous a proposé « un peu de musique contemporaine »… enfin contemporaine de Morton Feldman puisqu’il a joué un thème de John Coltrane (je crois qu’il s’agissait de  Seraphic Light).

La seconde partie était une création collective de deux videastes (Marion Delage de Luget et Benoît Géhanne) et de deux musiciens (Frédéric Blondy et Diemo Schwarz): Laïka est morte pour l’Europe.

La vidéo est un montage d’images tourbillonantes défilant en rafale, qui satellisent le spectateur dans un monde fini, qui était probablement celui de l’Europe au XXème siècle. Les musiciens lisent ces images comme une partition et créent un univers sonores formé par les techniques pianistiques étendues de Frédéric Blondy et les traitements électroniques de Diemo Schwarz. Si le corps est absent de la video, celui de Frédéric Blondy est bien présent an tant que prolongement physique du piano. Plus discret, Diemo Schwarz apparait comme le metteur en scène ultime de cette performance, qu’il semble piloter depuis sa palette tactile.

Cette soirée avait lieu dans le cadre des Rendez-Vous Contemporains de l’Eglise Saint-Merry.