Michel Cloup – La Gaîté Lyrique – 18 février 2014

IMG_20140218_221757Cela fait 20 ans que Michel Cloup fait plus ou moins discrètement partie de mon univers musical, depuis la découverte de Diabologum, groupe gentilment pop-expérimental-branchouille-foutraque sur les deux premiers albums et qui se révélera tout simplement génial sur son troisième opus.

Je n’avais vu jusqu’à maintenant Michel Cloup qu’une seule fois sur scène, au sein de Diabologum, pour un concert bâclé en 45 minutes d’un groupe en voie de décomposition avancée.

Depuis quelques années, il forme un duo avec Patrice Cartier, dans une formule brute et abrupte (guitare, voix et batterie). C’est ce duo qui a joué sur scène hier soir à la Gaîté Lyrique, augmenté sur certains morceaux de Pascal Bouaziz (Mendelson), de Françoise Lebrun, avec qui Michel Cloup semble avoir tissé une relation artistique forte depuis la mise en musique du monologue de Veronika dans La Maman et le Putain sur le troisième album de Diabologum, et de Béatrice Utrilla pour les projections vidéo.

Le duo joue sur scène l’intégralité de son dernier album – Minuit dans tes bras –  ainsi que quelques titres forts du précédent. La formule guitare batterie sonne à merveille : ca claque, c’est sec et puissant et accompagne à merveille les textes ciselés de Michel Cloup dont il faut bien dire que c’est probablement un des meilleurs paroliers que le rock français ait connu, de par son orgininalité et la portée quasiment universelle des thèmes, probablement autobiographiques, qu’il aborde. Son apport, sans oublier celui de Pascal Bouaziz, merite d’être réévalué, surtout quand on voit la presse musicale s’extasier devant ces jeunes fauves aux dents longues qui tentent actuellement un hold-up des consciences avec des textes vulgairement clinquant et suintant de colère factice.

Parmi les moments forts du concert, on notera la reprise avec Pascal Bouaziz du diptyque Ville Nouvelle / Nouvelle Ville, étouffant de tension, l’introduction apocalyptique de Minuit dans tes bras #2 et une version minimale de Notre Silence jouée au milieu du public en fin de rappel.

Pour ceux qui ne sont pas loin, voici les prochaines dates de la tournée du duo :

19/02/2014 – La Route Du Rock collection hiver, L’Antipode – Rennes (35)
20/02/2014 – Théâtre de la ville – Mayenne (35)
21/02/2014 – L’Astrolabe – Orléans (45)
27/02/2014 – Théâtre Garonne, soirée « Nous Vieillirons Ensemble » – Toulouse (31)
14/03/2014 – Le Sonic – Lyon (69)
13/03/2014 – Le Temps Machine – Tours (37)
11/04/2014 – Les Trinitaires – Metz (57)
19/04/2014 – La Condition Publique – Roubaix (59)

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Phill Niblock filme Sun Ra & his Solar Arkestra

The Magic Sun

Director: Phill Niblock
Year: 1966
Time: 14 mins
Music: Sun Ra & His Solar Arkestra

Ce qui me semble être une constante dans le travail visuel de Phill Niblock, à savoir le travail manuel, tend ici vers une abstraction visuelle du plus bel effet qui illustre admirablement la musique de Sun Ra.

Vous pouvez visionner la version intégrale sur UbuWeb :
http://www.ubu.com/film/niblock_sun.html

Daunik Lazro et Ciné-concert expérimental – Eglise Saint-Merry (Paris – 18 février 2011)

Il faisait froid ce soir-là dans l’Eglise Saint-Merry. Quelques dizaines de curieux, amateurs de musiques et de sons improbables, sont néanmoins venus se réchauffer les oreilles. Et ils en ont été récompensés.

Il y a eu tout d’abord, Daunik Lazro et son saxophone Baryton. On ne parlera jamais assez de l’importance de ce musicien pour la génération suivante, pour leur envie de défricher des territoires sonores vierges. Frédéric Blondy l’a d’ailleurs rappelé en introduction de la soirée.

Daunik Lazro a donc joué un long solo, en deux parties (séparées par un changement d’anche). La première fut furieuse et revêche, nous entraînant dans un déferlement sonore incroyable, des graves aux aigus, parfois en solo, parfois en résonance avec lieu. La seconde partie, plus posée, nous fit ressentir le souffle de Daunik Lazro, celui qui crée ces notes mais aussi celui qui habite sa musique depuis plusieurs décennies.

Puis, en conclusion, Daunik Lazro nous a proposé « un peu de musique contemporaine »… enfin contemporaine de Morton Feldman puisqu’il a joué un thème de John Coltrane (je crois qu’il s’agissait de  Seraphic Light).

La seconde partie était une création collective de deux videastes (Marion Delage de Luget et Benoît Géhanne) et de deux musiciens (Frédéric Blondy et Diemo Schwarz): Laïka est morte pour l’Europe.

La vidéo est un montage d’images tourbillonantes défilant en rafale, qui satellisent le spectateur dans un monde fini, qui était probablement celui de l’Europe au XXème siècle. Les musiciens lisent ces images comme une partition et créent un univers sonores formé par les techniques pianistiques étendues de Frédéric Blondy et les traitements électroniques de Diemo Schwarz. Si le corps est absent de la video, celui de Frédéric Blondy est bien présent an tant que prolongement physique du piano. Plus discret, Diemo Schwarz apparait comme le metteur en scène ultime de cette performance, qu’il semble piloter depuis sa palette tactile.

Cette soirée avait lieu dans le cadre des Rendez-Vous Contemporains de l’Eglise Saint-Merry.