La guerre est cruelle

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Ghedalia Tazartès – Works 1977 – 79

Ghedalia Tazartès a gravé entre 1977 et 1979 quatre disques uniques, essentiels, inclassables, publiés, souvent des années après leur enregistrement, sur de petits label, pas souvent bien distribués. Depuis, des rééditions CD (sur Alga Marghen notamment) ont permis de mieux faire connaître ces pépites.

Ce coffret de quatre LP et un 10″ publié par Vinyl on Demand rassemble ces albums dans un artwork comparable aux éditions originales, accompagnés d’un inédit de 20 minutes – Quelque part quelqu’un.

Il est difficile de décrire la musique de Ghedalia Tazartès: il suffira de parler de poésie sonore, d’exploration des tréfonds de la voix humaine, d’électroacoustique autodidacte, de musique concrète enfantine, d’art musical brut, de chansons de travioles, de new-wave cabossée, d’indus préhistorique ou encore de musique ethnique improvisée.

Que ce soit par le biais de ce coffret ou d’autres disques, ou encore lors de ses rares performances en solo ou en trio avec David Fenech et Jac Berrocal, il faut absolument (re)découvrir Ghedalia Tazartès.

Vinyl on Demand – VOD 91

Emmanuel Holterbach – 23 panoramas de fréquences – 2010

Emmanuel Holterbach est un explorateur des possibles sonores. Je garde un souvenir marquant de son travail harmonique sur des verres en cristal. Il nous livre ici un livre disque alliant field recording et photographie.

Différentes techniques sont convoquées pour capter un paysage sonore souvent inaudible tel quel à l’oreille humaine, ne serait-ce que par la perspective qu’un micro-contact ou un micros sub-aquatique peut nous offrir. Cette profondeur de champs, ce changement de perspective est bien sûr un des principaux intérêts du Field Recording.

« Mais imaginons un instant que l’on prenne  véritablement en compte le sonore dans notre environnement. Il y aurait tant de choses à inventer, tant de situations à créer… » C’est en se référant à aux situationnistes – il écrit par ailleurs que ce livre-disque est le fruit de ses nombreuses dérives entre Lyon et Saint-Etienne – qu’Emmanuel Holterbach nous invite à entrer dans ces 23 panoramas de fréquence. Chaque vignette sonore est illustrée de deux photographies permettant de contextualiser – ou non – l’écoute.

Au-delà de la beauté de ces vignettes sonores, ou de leur aspect insolite – un sonar de chauve-souris est capté – c’est à une réflexion sur le paysage, en tant qu’entité visuelle et sonore , sur l’impact de l’homme sur son environnement, sur son abdication face à une urbanisation non maîtrisée que ce livre-disque nous invite.

Publié à l’occasion de l’exposition Aura – Cellule d’écoute électromagnétique – Galerie Roger Tator du 20 novembre au 5 décembre 2010.

Gil scott-Heron and Brian Jackson – It’s your world

Publié en 1976 It’s your world est certainement un des sommets de la collaboration entre le poète et chanteur Gil Scott-Heron et le musicien et arrangeur Brian Jackson. Ce double album est en partie enregistré en studio, en partie enregistré live.

On y trouve un magnifique hommage à New-York où le break de salsa me fait penser aux rythmes afro-cubains enregistrés par un certain ermite musicien pour son disque  The story of Moondog. On fera aussi immanquablement le rapprochement avec le sombre New-York is Killing Me publié en 2010 sur l’album I’m New Here, sorte d’antithèse parfaite du précédent. Il est vrai qu’entre temps Gil Scott-Heron aura connu une véritable descente aux enfers.

La voix de Gil Scott-Heron se pose sur un jazz-funk d’une efficacité redoutable qui parvient à éviter toute facilité et prend ses aises dans des solos qui évitent le racolage. Outre un vibrant hommage à John Coltrane (cosigné par Gil Scott-Heron avec Alice Coltrane herself), le sommet du disque est à mon sens cette version de Home is where the hatred is, morceau phare de l’album Piece of a Man, qui s’étend ici sur plus de 12 minutes en apesanteur où la voix, le saxophone et le piano rivalisent dans les airs.

Seul moment de répit dans cet album, un monologue de 8 minutes sur les racine du blues et le bicentenaire de l’indépendance des Etats-Unis oscille entre les références datées à Nixon ou Reagan et une revendication d’égalité pour les afro-américains qui n’a pas encore abouti de nos jours. Gil Scott-Heron a toujours été un militant et It’s your world ne fait pas exception dans sa discographie.

Ghedalia Tazartès

Ghedalia Tazartès n’est pas un artiste. Il est  brut.
Ghedalia Tazartès ne chante pas. Il fait de la musique avec sa bouche.
Ghedalia Tazartès ne se dissimule pas. Il est entier.
Ghedalia Tazartès n’écrit pas. Il fait sonner la poésie.
Ghedalia Tazartès était ce soir aux Instants Chavirés.