Vincent Labaye – Grands Ensembles (Raptus)

02labaye« Ce qui est vu peut être aboli par les paupières, peut être arrêté par la cloison ou la tenture, peut être rendu inaccessible par la muraille. Ce qui est entendu ne connait ni paupières, ni cloisons, ni tentures ni murailles. Indélimitable, nul ne peut s’en protéger. Il n’y a pas de point de vue sonore. Il n’y a pas de terrasse, de fenêtre, de donjon, de citadelle, de point de vue panoramique pour le son. Il n’y a pas de sujet ni d’objet de l’audition. Le son s’engouffre. Il est le violeur. » (Pascal Quignard – La haine de la musique)

« Jusqu’où ira Franck pour échapper au bruit ? » telle est l’accroche que l’on peut lire sur la quatrième de couverture du premier roman de Vincent Labaye. Tout au long de la lecture, je n’ai pu m’empêcher d’être obsédé par le livre de Pascal Quignard. Quel est ce mal sournois qui assaille, Frank, représentant banal de la classe moyenne ? Qu’est-ce qui s’exprime au travers de cette insidieuse aversion pour le monde sonore, cher à l’humble animateur de ce blog ? A part ses oreilles, on comprend vite qu’il ne reste plus grand chose dans la vie du personnage, qu’il devient de plus en plus réticent à toute vie sociale – la société des hommes étant au fond une terrible machine sonore. Le son, ce violeur, prend toute la place vacante, devient envahissant, chasse le peu de normalité qu’il lui reste encore au début du livre. Vincent Labaye nous décrit parfaitement bien cette impossibilité pour l’humain d’échapper au son. Il faut vivre avec lui. Frank, finira-t-il par trouver sa voie dans cet enfer ? Quelle échappatoire y aurait-il vers le meilleur (on notera le rôle significatif du rêve dans le récit) – ou le pire ? Il n’est bien sûr pas innocent que l’action se déroule avant le début de la crise économique en 2008 car Frank anticipe à sa manière les soubresauts à venir et détient en lui sa propre solution pour s’en abstraire définitivement.

J’espère que ces quelques lignes, qui sembleront peut-être absconses pour qui n’a pas lu Grands Ensembles (Raptus), sauront susciter l’attention et la curiosité que ce livre, intelligemment écrit, à l’écriture limpide, mérite. Ces 150 pages se lisent d’une traite, et m’ont littéralement happé.

Editions d’ores et déjà

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