Jean-Luc Guionnet / Seijiro Murayama – Window Dressing (2011)

Jean-Luc Guionnet : saxophone alto
Seijiro Murayama : percussion

Deux homme nus. J’imagine des lutteurs ce la Grèce antique. L’un a les genoux à terre, l’autre s’arc-boute sur son corps. Trois cadrages différents servent de visuel à ce disque; trois cadrages qui permettent de se figurer l’essence de la statue, d’essayer de se la représenter à défaut de l’avoir, en trois dimensions, devant ses yeux. Ces trois cadrages, pris séparément, sont trois points-de-vue artistiques autonomes sur l’oeuvre d’un sculpteur anonyme.

J’y vois une belle métaphore de la relation musicien – preneur de son. Et nous avons justement là un disque ou l’on peut écouter deux cadrages ou tournages (comme dirait Michel Chion) différents sur un même duo d’improvisateurs.

Le premier tournage, assez classique dans son approche, a été réalisé par la radio nationale Slovène. Il nous permet d’approcher le caractère délicatement sensuel de la musique de Jean-Luc Guionnet et Seijiro Murayama. Un appel aux sens qui passe par ces délicats frottements de peaux, ce souffle discret, ces claquements de langue, cette approche pointilliste de la percussion. L’oreille de l’auditeur ne peut s’empêcher de faire travailler un imaginaire qui ramène à d’autres sens : vue, toucher. On a l’impression que cette musique est trop délicate pour que l’on puisse entrer en son coeur, et que les deux musiciens eux-mêmes tels des stalkers, n’osent pas s’aventurer au centre, gravitent autour d’un noyau duquel il serait dangereux de s’approcher.

La seconde partie vient, au contraire, nous démontrer que le coeur de cette musique peut être atteint, touché par l’oreille, et que les deux improvisateurs en sont bien le noyau d’où tout émane. Eric La Casa a réalisé ce tournage du duo à l’aide d’une perche. Une écoute au casque permet d’abolir la distance entre l’auditeur et les musiciens, tellement on se sent au coeur-même de la musique. Plus question de point-de-vue car on aboutit à une image absolue, une représentation unique, qu’aucun auditeur du duo en concert ne pourra approcher.

Window Dressing, au-delà de continuer à documenter la musique d’un des duos les plus passionnant de la scène improvisée actuelle, se présente comme une expérimentation discographique à part entière qui mérite grandement qu’on lui porte intérêt.

Potlatch – P101

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