Gérard Manset – Visage d’un dieu inca

La chanson est-elle un art mineur ? Vieux débat sujet d’un pugilat télévisuel resté célèbre entre deux pointures de la chanson française. Le cas Manset ne viendra pas simplifier ce débat, tant sa position vis-à-vis de l’activité qui l’a fait connaître un certain printemps 68 demeure continuellement ambigüe. La chanson n’a quasiment jamais été sa seule occupation. Il a été tour à tour baroudeur, responsable d’un studio d’enregistrement – le Studio de Milan dans les années 70 – photographe et le voici en ce début de XXIème siècle devenu écrivain publié par Gallimard…

Lors d’une récente interview, il déclarait que le métier de chanteur étant à peu près mort, il lui faut s’exprimer par un autre médium. On lui objectera tout-de-même que l’édition n’est pas beaucoup mieux portante que le marché du disque.

Que penser de ce Manset devenu auteur de la célèbre maison Gallimard ? Aurait-il été signé si il était inconnu ? Je me permets d’en douter, tant un livre comme A la poursuite du Facteur Cheval tombe des mains, partant dans toutes les direction. N’est pas Maurice Roche qui veut tant la maîtrise de la non-linéarité littéraire  est un art subtil. L’autre livre publié dans la Collection Blanche – Les petites bottes vertes – est une tentative d’autobiographie moins déroutante, même si cet empilement d’anecdotes sur la vie du petit Gérard évite de parler de son sujet-même, c’est-à-dire Manset.

Me voici donc avec en main une troisième tentative, confortablement installé dans un TGV Lyon – Paris. Le sujet annoncé par la bandeau en grosse lettres blanches sur fond rouge me tient à coeur puisqu’il s’agit d’un livre sur Bashung. D’emblée, en repensant au visage du chanteur décédé, le titre me semble particulièrement juste. La pensée de Manset se déroule une fois encore dans la non-linéarité et les anecdotes et rencontres avec Bashung, ou avec d’autres, se succèdent dans un apparent désordre. Mais petit à petit se dessine la relation entre deux hommes d’âge mûr, qui se respectent profondément, deviennent amis à défaut d’être proches, malgré leurs évidentes différences. Et c’est finalement cette relation qui devient le sujet principal du livre. Une amitié qui ne tient à pas grand chose mais se scelle avec ce cadeau offert par Manset à Bashung, la chanson Comme un Lego. Derrière cette histoire d’amitié masculine, où il n’est question ni de sexe, ni de biture, il en vient à écrire sur lui-même, commence à livrer des bribes, fait se fissurer la glace. Ce n’est pas grand chose, mais on a ici un livre enfin un peu personnel où Manset fait l’effort de venir, sans protection inutile, vers le lecteur. Gérard Manset existe donc vraiment en tant qu’homme et c’est sans doute là la principale révélation de ce livre.

Gérard Manset – Visage d’un dieu inca – Gallimard / L’Arpenteur – ISBN 978-2-07-013401-4

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