Coeur de Boeuf et Masque de Truite

J’ai retrouvé cette video en sortant de l’étagère le coffret Grow Fins – Rarities, parue sur Revenant en 1999 et après avoir lu le petit livre de Benoit Delaulne paru aux éditions Le Mot et le Reste. Cette prestation du Captain et de son Magic Band me semble particulièrement représentative de ce qui en fait une des formations les plus importantes et séminales de l’histoire du Rock. Cet irrespect total, ce démembrement du blues, ce chant éructant et décalé, ce sax libre de toute attache, constituent une source inépuisable où viendront  se ressourcer de nombreux musiciens par la suite, et forment le creuset le plus scandaleusement sous-estimé du punk et du post-punk. Nous avons là un groupe sans doute aussi important que le Velvet.

Il m’a bien sûr fallu de nombreuses écoutes avant de pouvoir vraiment pénétrer la beauté de Trout Mask Replica. Cette accumulation de vignettes démembrées, ce mixage étrange qui écrase les musiciens au profit des hurlements de Don Van Vliet, ces rythmiques concassées en font un objet difficile d’accès. Finalement la clé est venue à l’écoute du disque 3 du coffret Revenent qui livre, brutes de coffrage, les versions instrumentales d’une bonne moitié des titres de l’album. Et là, on découvre un sacré bon groupe de rock, qui donne une véritable clé de voûte à la folie musicale du Captain.

Car, il est bien question ici de folie, tant la création de ce disque s’est faite dans des conditions de dérive quasi-sectaire avec un Don van Vliet gourou, communiquant sa musique par l’intermédiaire du batteur John French, martyrisant psychiquement et physiquement ses musiciens, dans des conditions matérielles plus que précaires. C’est un groupe au bord de l’autodestruction que Frank Zappa enregistrera en quelques heures, pour livrer au monde ces 4 faces de vinyles parmi les plus importantes de l’histoire du rock.

Cette pochette elle-même, par son étrange singularité, renforce l’impression de folie, voire de malaise, ou carrément de rejet que peut susciter ce disque. Elle le fait définitivement entrer dans la monstruosité.

Captain Beefheart and his Magic Band aura avant et après ce disque été un groupe de blues, déjanté, certes, mais de blues rock, avec des passages à vide – qu’on songe à l’horrible Bluejeans & Moonbeams – mais n’aura jamais produit un objet musical aussi extrême que celui-ci.

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