Bertrand Denzler – Tenor

Il y a une longue histoire d’amour entre le label Potlatch et le saxophone. Il faut se souvenir qu’un des disques les plus ardus et les plus passionnants du label fut Anatomie des Clés de Michel Doneda, une exploration des possibilités du saxophone soprano. Stéphane Rives avec Fibres nous avait ensuite révélé  d’autres facettes de cet instrument, dans un registre plus minimaliste. Le label publie en ce début d’année un disque solo de saxophone ténor signé Bertrand Denzler. Celui-ci est d’ailleurs un habitué du label où il apparait dans diverses formations.

Une question me taraude à l’écoute de cet opus : musique improvisée ou préméditée ? Peut-être un peu des deux, les trois pièces semblant obéir à des règles plus ou moins explicites.

Filters débute par une note tenue, répétée à plusieurs reprises avant que de subtiles altérations apparaissent, deviennent de plus en plus évidentes, et se surajoutent les unes aux autres. Les puristes  me pardonneront peut-être (ou me traiteront de fou ou d’ignorant – peu importe) si je dis que l’architecture (y en a-t-il vraiment une ? Est-ce un leurre ?) de cette pièce me fait penser à un morceau d’Autechre dépecé et étiré à l’infini.

Signals explore les registres graves et abrasifs de l’instrument. Betrand Denzler y crée de curieuses polyphonies qui nous rappellent que le phénomène acoustique est fondamentalement une histoire de vibrations. Petit à petit, il nous emmène dans les registres aigus qui alternent avec des graves discrets.

Avec Airtube, dont le titre est on ne peut plus explicite, on entre dans le cœur du saxophone ténor. Bertrand Denzler se débarrasse de son anche et utilise les capacités résonnantes du tube de laiton. Et l’on découvre que celui-ci peut devenir un instrument à percussion ou prolonger l’organe respiratoire ainsi que la bouche de l’instrumentiste.

Le débat n’est donc pas évident à trancher entre préméditation et improvisation. Y a-t-il d’ailleurs un intérêt de le trancher ? Ce disque est avant tout une radiographie, une exploration aux rayons X de l’instrument. Rarement un titre et une pochette n’auront aussi bien décrit la musique qu’ils accompagnent.

Potlatch – P210

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Un commentaire sur “Bertrand Denzler – Tenor

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