Diabologum #3

Il y a des disques qui marquent une génération. Pour moi et certaines personnes qui m’étaient proches à l’époque, #3 est de cette trempe. Le rock français n’a probablement que rarement accouché d’un brûlot aussi sec et bourré de fiel contre une époque (les années 90) et un système (qui n’a fait malheureusement qu’empirer depuis).

Diabologum était un groupe toulousain, dont l’ossature était le duo constitué par Arnaud Michniak et  Michel Cloup. Ils faisaient partie avec Dominique A du label Lithium, aujourd’hui disparu. Après quelques tentatives de détournement des discours de la branchouille avant-gardiste – C’était un après-midi semblable aux autres (1993) – et de la branchitude pop des Inrocks – Le goût du jour (1994), Diabologum va s’attaquer avec #3 à la critique systématique de son époque. Peut-on y voir l’influence de la mort alors toute récente de Guy Debord ?

Car c’est bien le malaise d’une génération – les enfants des baby-boomers – qui transparait dans ce disque qui abonde de slogans post-situationnistes plus fulgurants les uns que les autres. En voici un petit florilège :

  • « La presse recense plusieurs millions d’intentions de votes / Ca prouve que certains ont encore des intentions / Dommage que ce soit pour voter / Qu’ils s’en défont »
  • « Skyrock veille à la liberté d’expression » – remplacez Skyrock par Facebook, pour voir…
  • « Il faudra maintenant voir un médecin avant de se présenter devant Monsieur le maire »
  • « Le mal du siècle, c’est l’emballage »

Une des pièces maîtresse de cet album est le recyclage du monologue final de Monika dans La Maman et la Putain de Jean Eustache, qui sera aussi pour nous l’occasion de découvrir ce cinéaste. En le repositionnant dans les années 90, Diabologum peut vouloir mettre en perspective la libération sexuelle des années 70 et le libéralisme économique qui détruit les corps et les consciences.

Musicalement, ce disque se place dans la droite lignée de groupes post-rock tels que Slint et aligne quelques samples du meilleur goût (Funkadelic, Neil Young, Miles Davis…).

Enfin, il faut mentionner le dernier détournement, ou peut-être l’encapsulage, de l’hymne Blank Generation de Richard Hell dans un final mortifère. Il n’y avait de toute façon rien de plus à ajouter.

Après ce coup de maître, Michniak et Cloup se sépareront, l’un formera le groupe Programme, l’autre créera Expérience.

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2 commentaires sur “Diabologum #3

    • Oui j’ai écouté, mais pas en entier, ce « Tribute to Diabologum #3 ». C’est d’ailleurs en tombant là-dessus que j’ai sorti le CD de sa pile de disque et chroniqué l’album sur le blog. Je n’avais pas écouté #3 depuis des années !

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