Albert Ayler

La lecture du livre récemment publié sur Albert Ayler aux éditions Le Mot et le Reste, dont on ne louera jamais assez le travail remarquable, m’a fait replonger dans la musique de ce saxophoniste maudit. Il est bien difficile pour quelqu’un de ma génération – Ayler est mort 3 ans avant ma naissance – d’imaginer ce que put être le passage fulgurant de cette météorite dans le paysage jazzistique. Il reste quelques disques, quelques enregistrements de concert, quelques photos et une légende dans laquelle il est bien difficile de de démêler le vrai du faux.

Ayler semble avoir divisé violemment la critique jazz française, déclenchant une énième bataille des anciens et des modernes, ces derniers lui prêtant une dimension politique assez douteuse avec le recul. Car Ayler choquait le confort bourgeois : il jouait fort, montait régulièrement dans le suraigu, se moquait de la rythmique et des gammes, produisait un son sale, voire bruitiste… Et pourtant Ayler ne semblait pas faire de politique. Ayler vivait pour la musique, s’il jouait fort, c’est avant tout une preuve d’un engagement plein et entier. C’est probablement cet engagement qui a le plus choqué. Ayler joue comme si sa vie en dépendait. Faut-il y voir une des raisons de sa mort prématurée ?

Si Ayler a divisé le milieu jazzistique français, il a malheureusement surtout rencontré l’indifférence voire le rejet viscéral de sa musique. Ses disques se vendaient peu, ses concerts étaient peu fréquentés. On est rétrospectivement surpris des 4 ou 5 personnes applaudissant un trio composé de Albert Ayler / Gary Peacock / Sunny Murray dans le magnifique coffret Holy Ghost ! On sait néanmoins que Coltrane fut durablement marqué par le son d’Ayler.

Poussé par Impulse, Ayler va essayer de rendre sa musique plus commerciale, cela va aboutir dans New Grass, qui débute par un fabuleux duo basse – saxophone quasiment atonal, où on entend Ayler respirer, transpirer, donner tout ce qu’il est possible de donner. On imagine sans peine le jeune John Zorn écouter ce morceau pendant des soirées entières! Il fallait sans doute cette mise en condition pour apprécier à sa juste valeur le Rythm’n’Blues enfiévré qui constituera le reste du disque. Après avoir choqué les classiques, Ayler choque les avant-gardistes ! Par la suite, ce sera une fuite en avant qui se terminera, en 1970, dans l’Hudson River. Albert Ayler avait 34 ans.

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4 commentaires sur “Albert Ayler

  1. Merci de parler du grand Albert Ayler. Moi, c’est « Love Cry » (1967) que j’écoute souvent, tout comme « My Name is Albert Ayler » (je ne savais pas qu’il était actuellement épuisé).
    Bizarre d’imaginer qu’il a subit autant de mépris ! En même temps, Miles Davis, malgré son statut d’icône, a connu sort identique en invitant la fée électricité. Et Dylan avant lui !!!

    • Davis et Dylan ont peut-être été critiqués pour l’électrification de leur musique, mais n’ont sans doute pas connu un tel mépris. En dehors des amateurs de Free et de musique improvisée, qui se souvient aujourd’hui de Albert Ayler ? Le fait qu’une partie de son catalogue ne soit pas intégralement rééditée en CD est déjà un signe!

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