Miles Davis – On The Corner

Dans la série des albums monstres, il nous faut aborder le cas d’On The Corner de Mile Davis. En 1972, Miles est quasiment au sommet de sa gloire et a déjà un parcours à faire pâlir d’envie tous ses contemporains. Après avoir mené à bien l’électrification du jazz, et alors que les musiciens de la New Thing en ont dynamité les structures, que restait-il à faire ?

Le son, bien sûr, le son… Miles et son producteur Teo Macero étaient au fait des recherches électroacoustiques menées par Stockhausen et devaient se dire qu’il y aurait bien quelques chose à en faire dans leur propre musique…

– Miles : Et si on en profitait pour réinventer le funk…
– Teo : Ouais essayons…

Et c’est ainsi qu’en quelques sessions, entourés de musiciens qu’ils connaissent bien (Dave Liebman, Bennie Maupin, John McLaughlin, Herbie Hancock, Jack DeJohnette – 19 musiciens en plus de Miles lui-même) ils vont graver ce disque où plutôt empiler des strates de sons, les déformer, pour créer un substrat sonore où tout instrument devient presque méconnaissable. Les soli fusent épisodiquement, mais servent avant tout à amplifier la couleur de l’ensemble. Et cela groove en diable, grâce à des structures rythmiques terriblement répétitives et entêtantes (on pense aux ragas de la musique indienne).

Quant à la trompette de Miles, elle est méconnaissable, enfouie sous des tonnes d’effets. Elle est discrète, on ne l’entend que sur environ 1/3 du disque (estimation toute personnelle) mais fait jaillir des déluges d’électricité.

Il faudrait aussi parler de l’utilisation incroyable de la stéréo (ce disque doit être écouté au casque pour en saisir pleinement les subtilités) ou des accidents sonores improbables qui jaillissent sans prévenir… Bref, une centaine d’écoutes ne sont probablement pas de trop pour bien faire le tour d’On The Corner.