Gérard Manset – La Mort d’Orion (1970)

Des albums publiés dans les années 70 par Manset, La Mort d’Orion est le seul qui aura le privilège de connaître une édition CD intégrale, sans coupe majeure ni bouleversement structurel. Tout juste un remixage numérique et quelques coups de ciseaux ici ou là. On se demande encore pourquoi celui-ci et pas les autres, mais personne d’autre que Manset ne saurait répondre, si tant est qu’il y ait une réponse. Car, dans la discographie du « voyageur solitaire », si il est un disque monstrueux, hors norme, difforme, c’est bien celui-ci.

Listons ces difformités :

  • La face 1 est entièrement occupée par une fresque de science-fiction de 25 mn , qui donne son titre à l’album. La légende d’Orion selon Manset n’est pas sans rappeler le mythe Kobaïen que Magma inaugure la même année. Tout ça a un parfum légèrement désuet en 2010 mais non dénué de charme.
  • Les textes sont signés par un autodidacte de 25 ans à peine. Ils sont criblés de métaphores surréalistes qui n’évitent pas une certaine naïveté et parfois la facilité. Manset fera bien mieux par la suite. On évitera donc de trop s’y attarder.
  • Les arrangements sont un patchwork fou de psychédélisme, d’orientalisme, de rock, de musique classique, religieuse etc. Jamais plus Manset ne refera une chose pareille .
  • Enfin, et j’insiste là-dessus, La Mort d’Orion est pour moi, et même si l’auteur ne s’en réclame pas et continue sans doute à ignorer la plupart des musiques dont il est question sur ce blog, un disque de musique expérimentale à part entière.

Car c’est bien le processus de fabrication qui fait l’intérêt de La Mort d’Orion. Le jeune Gérard Manset a en 1968 déjà publié un disque, qui contient le mythique Animal on est mal, enregistré rapidement et avec une qualité de son assez pauvre en regard de ce qu’il fera ensuite.

Pour son second album, il est bien décidé à faire beaucoup mieux, mais n’a quasiment aucun moyens. C’est ainsi que La Mort d’Orion va se construire et être monté entre 1968 et 1970, à base de collages d’enregistrements divers et variés (musique indienne, orgues de Notre-Dame…) . Manset prétend ne rien connaître de ce que produisait le GRM à la même époque.

Le point culminant de cette technique de collage – montage est ce morceau de la face B, Le Paradis Terrestre, où il va superposer différentes strates, modifier les vitesses de défilement, remonter des éléments à l’envers, pour finalement déconstruire et réassembler en cours de route sa propre chanson. On y retrouve même des bribes d’Animal on est mal.

La Mort d’Orion reste un disque à part dans l’oeuvre de Manset, qui reviendra par la suite à une chanson rock plus classique, et aura une influence déterminante sur Alain Bashung, Jean-Louis Murat ou Dominique A entre autres mais ceci est une autre histoire…

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