Keith Rowe – Oren Ambarchi – 8 février 2009, Amsterdam

Ces deux aventuriers de la guitare sont aguerris aux triturations les plus extrêmes de l’instrument. Keith Rowe est l’inventeur de la « tabletop guitar », guitare posée à plat sur une table et attaquée systématiquement de manière non conventionnelle. Oren Ambarchi, lui, est un briseur de chapelles au registre extrêmement large : improvisation, ambient, drone doom, noise…

Quatre pages du Treatise de Cornelius Cardew ont été jouées ce soir-là et publiées sur un joli vinyle par le label Planam. Treatise est une partition graphique de 193 pages servant de guide aux musicien libres de l’interpréter comme ils le souhaitent. La pochette du disque que l’on peut voir ci-dessus est une reproduction de la page 53. Ce disque se place dans la lignée des territoires défrichés par Rowe depuis une dizaine d’années : minimalisme des interventions, art du placement juste, textures sonores riches mais peu envahissantes, apprivoisement du silence. Ambarchi, lui, est dans une optique proche du drone, mais à un volume requérant l’attention concentrée de l’auditeur, à l’opposé de sa récente collaboration avec Sunn O)).

PLANAM CCC

More Moondog / The Story of Moondog

Ces 2 superbes réédition vinyles m’ont servi d’introduction à l’univers de Moondog. On y trouve des rythmes improbables joués sur des instruments inventés par Moondog lui-même (Oo, Trimba…), des duos avec l’environnement sonore de New-York, des souvenirs de jazz, des mélodies faussement naïves… Bien que se revendiquant lui-même comme un classique, la musique de Moondog est incroyablement créative. On entend rarement des percussions chanter ainsi.

Pour finir, voici le dernier morceau de The Story of Moondog, qui, bien que mentionné sur la pochette, n’est pas gravé sur le vinyle en ma possession… erreur?

4 Men with Beard – 4M 176LP / 4M 177LP

Simon Finn – Pass the Distance

Simon Finn est un artiste maudit. Ce disque, enregistré en 1970, ne restera que quelques semaines dans les bacs, sa pochette parodiant une publicité pour une marque de chaussures! Et pourtant, quelques afficionados (dont David Tibet de Current 93) entretiendront la flamme pendant plus de 30 ans, alors que l’auteur lui-même disparait totalement (il avait émigré au Canada). Puis Simon Finn refait surface dans les années 2000, retrouve le chemin des studios pour graver une paire d’albums intimistes, barrés et magnifiques.

Mais revenons à « Pass the Distance ». Nous ne sommes pas en présence d’un joli disque de folk. Tout y est hors norme. La voix est sans cesse sur la corde raide, l’orchestration s’autorise toutes les sorties de routes imaginables (on ne sera pas étonné d’apprendre que le musicien qui accompagne Simon Finn est un certain David Toop). Ce mariage de folk, de psychédélisme et d’orientalisme trouve son aboutissement dans un morceau extraordinaire, qui clot la face A : Jerusalem. En voici un enregistrement live récent.

Durtro / Jnana

Robert Wyatt – Radio Experiment Rome, February 1981

L’univers de Robert Wyatt est un véritable monde à part. Il est inutile de revenir là-dessus. Ce qui fait l’intérêt de ce disque c’est qu’il ne s’agit pas d’un produit fini au sens où l’entend habituellement l’industrie du disque. Ce qui est saisi ici, c’est le musicien et poète Robert Wyatt en plein processus créatif, invité par la radio italienne. Les morceaux dérapent, la voix déraille, mais peu importe, on assiste à un pur moment de créativité où cet univers singulier prend forme.

Pour ceux qui ne connaissent pas encore Robert Wyatt, passez votre chemin et courrez vous procurer Rock Bottom et Old Rotten Hat, vous n’en reviendrez pas…

Tracce RTP 0014 / Orkhêstra

Barbara Dane – An Anthology of American Folk Songs

Imaginez une jolie blonde, déjà remarquée comme chanteuse de blues (on ira jusqu’à comparer sa voix à celle de Bessie Smith!) s’approprier le répertoire folk de l’Amérique profonde, seule à la guitare, parfois accompagnée par un banjo. Ces chansons parlent de filles de petite vertu, de la pauvreté dans les Etats-Unis des années 30… Rien de très joyeux, donc. Car Barbara Dane n’est pas une chanteuse légère, son parcours sera par la suite politiquement très marqué à gauche : elle s’engagera contre la guerre du Vietnam, soutiendra les GIs déserteurs et enregistrera un disque au titre sans concession : « I Hate the Capitalism System ».

Le plus marquant est la voix de Barbara Dane. Elle n’a pas 30 ans quand elle enregistre ce disque, on dirait qu’elle en a le double. C’est grave, profond à souhait. Cela vient des entrailles. Sa version de cette mélodie anglaise plutôt légère qu’est Greensleeves, est bouleversante.

Empire Musicwerks / Universal

De la neige en été

Schnee: Burkhard Stangl (acoustic & electric guitars, percussion) / Christof Kurzmann (g3)

J’ai profité de cette soirée pluvieuse pour ressortir ce disque publié en 2000 sur l’excellent label Erstwhile. Ces nappes sonores restent gravées de manière indélébile dans ma mémoire.
On pensera immanquablement à l’univers de Fennesz même si la guitare est moins enfouie sous des nappes électroniques. L’alliance entre l’acoustique et l’électronique est ici extrêmement subtile. On retrouve C. Kurzman dans le groupe The Magic I.D. dont j’ai déjà parlé ici.

Erstwhile Records – Erstwhile 008